1. Introduction : Mai 2026
Ce texte rédigé en 2018 a été complété en 2026 pour rappeler ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie et notamment en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. Les agressions menées par les forces serbes et en partie croates, ont causé la mort de plus de 100’000 habitants, par des « nettoyages ethniques» visant les civils : hommes, femmes, enfants, en grande majorité des Bosniaques de culture musulmane.
Après 30 ans, l’ONU n’a toujours pas reconnu l’ensemble de ces agressions et génocide, se contentant de reconnaître le génocide de Srebrenica avec 8370 victimes, laissant ainsi prédominer la version diffusée par la propagande serbe et largement reprise, d’une « guerre civile interethnique ».
Il est donc important de rappeler la chronologie des faits et de montrer que cette guerre a préfiguré la complicité des grandes puissances avec les forces génocidaires, laissant se poursuivre durant trois ans les agressions militaires et le « nettoyage ethnique » génocidaire, avant de réagir en août 1995, notamment pour lever le siège de Sarajevo après le sacrifice délibéré de Srebrenica en juillet 1995.
Cette dérive se confirme actuellement par leur soutien au régime d’extrême-droite islamophobe israélien, avec dans les deux cas, un refus d’appliquer la « Convention de prévention et de répression du crime de génocide » adoptée par l’ONU en 1948, n’a pas été respectée.
Malgré la reconnaissance du génocide de Srebrenica (depuis mai 2024 aussi par l’ONU) toute la région de Srebrenica a été donnée par les Accords de Dayton à la « Republika Srska » (co-auteur du génocide).
En partageant l’ex République multiculturelle de Bosnie-Herzégovine en Entités ethniques, les grandes puissances ont imposé une Paix sans Justice avec un avenir qui reste incertain.
Par son socialisme autogestionnaire et son rôle de leader des pays non-alignés, la Yougoslavie de Tito était de facto une alternative face aux deux blocs dominants : capitaliste à l’ouest et communiste étatique à l’est.
Mais après la mort de Tito en 1980 et la Chute du Mur de Berlin en 1989, les nationalismes serbes et croates ont resurgit. Les Jeux olympiques d’hiver de Sarajevo en 1984 ont été par leur brillante réussite, le dernier grand évènement yougoslave. Mais en 1986, l’Académie des Arts et des Sciences de Belgrade a publié un Mémorandum appelant au retour à la prédominance serbe en Yougoslavie, comme lors du Royaume de Yougoslavie entre 1918 et 1941.
2. Prise de pouvoir de Milosevic et désintégration de la Yougoslavie :
Suite à la chute du Mur de Berlin en 1989, Milosevic en Serbie et Tudjman en Croatie, ont compris que pour rester au pouvoir, il fallait passer du communisme au nationalisme-capitalisme.
En 1989, Milosevic proclama son ralliement au nationalisme serbe lors de son discours au Champ des merles au Kosovo, où en 1386 l’armée ottomane a vaincu les armées de Serbie et de ses alliés. Il s’empara alors des voix du Kosovo et de la Voïvodine à la Présidence yougoslave, ce qui lui donna 4 voix avec celle du Monténegro face aux 4 voix de Croatie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine et Macédoine. La Présidence yougoslave étant ainsi paralysée, Milosevic écarta le représentant croate, Stipe Mesic, du poste de Président de la Yougoslavie, qui devait lui revenir en vertu d’une Présidence tournante entre les 6 Républiques.
Sous prétexte de préserver la Yougoslavie, Milosevic pris le contrôle de l’Armée yougoslave et l’a lança alors dans une succession d’opérations militaires, d’abord en 1989 contre le Kosovo (qui revendiquait avec Rugova un statut de République yougoslave, en 1991 durant deux semaines contre la Slovénie qui avait proclamé son indépendance et ensuite contre la Croatie qui était également devenue indépendante. Suite au cessez-le-feu de novembre 1991, l’Armée yougoslave déplaça ses tanks et artillerie dans une partie de la Bosnie-Herzégovine contrôlée par les nationalistes serbes qui, le 9 janvier 1992 ont illégalement proclamé leur «Republika Srpska».
Face à cette sécession, les citoyens de la République de Bosnie-Herzégovine ont en grande majorité voté pour l’indépendance, non pas par nationalisme, mais pour ne pas tomber sous le joug de la Serbie. En effet, la Croatie et la Slovénie, ayant pris leur indépendance, n’offraient plus aucun contre-poids au sein de la Yougoslavie face au pouvoir serbe. Le vote du 1er mars 1992 a été supervisé par la Commission Badinter, mandatée par la Communauté conomique européenne qui a reconnu l’indépendance de la République de Bosnie-Herzégovine le 6 avril 1992, suivie par les USA et d’autres pays qui ont en général ouvert des ambassades à Sarajevo. La Bulgarie et la Turquie ont déjà reconnu l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine début 1992.
3. L’agression menée par la Serbie contre la Bosnie-Herzégovine (1992-1995) :
La Russie n’a pas reconnu cette indépendance et a soutenu les plans de la Serbie de Milosevic.
En 1991 déjà, l’Armée Yougoslave (contrôlée par Milosevic) a confisqué les armes de la Défense territoriale (T.O.) entreposée dans les communes et grandes entreprises de Bosnie-Herzégovine, tout en armant en secret les nationalistes serbes de Bosnie-Herzégovine et de Croatie.
Après quelques exactions fin mars, Milosevic lança, le 6 avril 1992, l’Armée «yougoslave» et les milices de la «Republika Srpska» contre la République de Bosnie-Herzégovine dans le cadre d’un plan de partage de son territoire avec la Croatie, concocté en secret en mars 1991 entre le président serbe Milosevio et le président croate Tudjman à Karadjordjevo (Voivodine). Une campagne systématique de «nettoyage ethnique» des régions convoitées avait été conçu depuis Belgrade.
La République de Bosnie-Herzégovine ne disposait pas encore d’une Armée pour défendre son territoire et sa population, très rapidement victime de «nettoyage ethnique», ville après ville, village après village.
La grande majorité de la population a été prise par surprise et manquant d’armement n’a pas pu se défendre, subissant de terribles exactions, pillage et destruction de leurs maisons, viols des femmes, meurtre en masse des hommes, soit directement, soit après réclusion dans des camps de torture. Dès fois aussi, expulsion de populations enfermées dans des wagons à bestiaux sans eau et nourriture.
Dans quelques régions du pays, une résistance populaire s’est organisée. avec très peu de moyens, ceci non pas par nationalisme, mais simplement pour survivre.
Malgré le fait que les services secrets occidentaux étaient au courant des préparatifs de guerre de Milosevic et du «nettoyage ethnique» en cours, les dirigeants de nos pays, y compris l’ONU, ont cautionné la version de «guerre civile inter-ethnique» avancé par la propagande serbe pour cacher leur agression.
La plupart des médias continuent encore aujourd’hui de présenter le conflit sous cette angle, qui serait issu de soi-disant haines séculaires entre communautés, alors que le Vivre ensemble prédominait depuis un millénaire en Bosnie-Herzégovine.
Jusqu’en juin 1993, les Bosniaques étaient désignés dans la Constitution yougoslave en tant que nationalité «Musulmane» (avec un M majuscule) au côté des deux autres nationalités constitutives «Serbe» et «Croate» de la République de Bosnie-Herzégovine. Aucune de ces nationalités n’avait un territoire défini, car le Vivre ensemble était un des principes de la Yougoslavie socialiste de Tito.
Tito (leader du non-alignement) avait intérêt à valoriser la communauté musulmane yougoslave, notamment pour négocier un prix de pétrole avantageux auprès de pays musulmans, alors majoritaires parmi les pays non-alignés.
Mais dans le contexte des années 90, le nom «Musulman» est devenu controversé, ceci d’autant plus que la propagande serbe prétendait que la Serbie se battait en première ligne contre la menace islamique, ce qui est largement repris pa l’extrême-droite, montante aux USA et en Europe.
Cette peur de l’Islam a sans doute influencé les gouvernements occidentaux, surtout le Royaume-Uni et la France, qui ont refusé de lever l’embargo sur les armes, décrété par l’ONU concernant la Yougoslavie. Ce refus de lever l’embargo sur les armes à un pays agressé était illégal, comme la reconnu plus tard Kofi Annan.
Ceci confirme la complicité des grandes puissances avec l’agression et génocide commis par l’État Serbe de Milosevic et l’État Croate de Tudjman (entre avril 1993 et avril 1994).
L’Armée de Bosnie-Herzégovine (créée en mai 1992) a ainsi été privée de moyens efficaces pour protéger son territoire et sa population, ceci sous le prétexte que c’était «une guerre civile inter-ethnique», alors que les grandes puissances étaient parfaitement au courant du plan d’annexion concocté entre Milosevic et Tudjman à Karadjorjevo et ont ainsi laissé faire le «nettoyage ethnique» génocidaire en cours. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux protagonistes ont été invités à Dayton en décembre 1995 et ont été signataire de ces Accords.
Le 6 avril 1992, le siège de Sarajevo a débuté par le bombardement de la ville par les tanks et artillerie retirés de Croatie en novembre 1991 et placés sur les hauteurs par l’Armée dite «yougoslave».
Le siège a duré 3 ans avec en plus des soldats serbes, de riches étrangers qui payaient cher les autorités serbes pour tuer des femmes et des enfants. Il y a eu plus de 13’000 morts, beaucoup de blessés et de maisons détruites ou sérieusement endommagées.
La bibliothèque historique de Sarajevo (avec des manuscrits millénaires), la Poste qui assurait les communications internationales, ainsi que le journal Oslobenja ont été parmi les cibles prioritaires.
Les habitants de Sarajevo ont résisté avec très peu de moyens militaires (un vieux canon sorti d’un musée) ceci compensé par le maintien d’une vie culturelle, musicale, poétique, picturale et un esprit de solidarité et de résistance. Un professue vétérinaire, disposant de couveuses et d’un générateur, a favorisé la naissance de milliers de poussins devenues poules, réparties autour des maisons des collines, ont ainsi assuré des protéines par leurs œufs, ce qui complétait les acheminements de vivres de l’aide internationale (au 2/3 pillés par les agresseurs). Des choux étaient plantés dans les parcs. Mais l’eau potable a manqué durant tout le siège. Les habitants étaient pris pour cibles au points d’eau.
En août 1995, l’Otan est enfin intervenue pour lever le siège de Sarajevo, après le sacrifice de Srebrenica.
Dans l’ensemble de la Bosnie-Herzégovine, entre fin mars 1992 et fin décembre 1995, plus de 100’000 morts ont été recensés, en très grande majorité des hommes, femmes, enfants Bosniaques musulmans sans arme. Dans les villes assiégées, la majeure partie des blessés ont pu être sauvés, mais les hôpitaux (dès fois bombardés) manquaient de moyens médicaux et notamment d’anesthésie, l’aide médicale étant souvent pillée par les agresseurs. C’était pire dans les campagnes où beaucoup de blessés mouraient par manque de possibilité de soins hospitaliers. Des villageois assiégés mouraient aussi de famine, comme à Cerska.
Dans les villes et villages occupées, la grande majorité des hommes ont été emprisonnés et torturés, et beaucoup exécutés. Et le reste de la population expulsée, dès fois enfermée dans des wagons marchandise durant plusieurs jours, sans eau ni nourriture. Il est dès fois arrivé que le HCR a été appelé d’urgence par les agresseurs pour évacuer une population qui sans cela était exécutée. Cela a été notamment le cas à Trebinje.
En mai 1992, la région de Prijedor/Kozarac a été prise sans combat et les Bosniaques et Bosno-croates forcés de porter des brassards blancs et de mettre des draps blancs sur leurs maisons,soi-disant pour les protéger, mais en fait pour les repérer, les arrêter et les jeter dans des camps de torture et de meurtre, Keraterm, Omarska.
En août 1992, des reporters internationaux ont obtenu l’autorisation de voir le camp de Tsernopolje. Leur reportage montrant des hommes amaigris, ont fait scandale dans le monde. Une partie de l’opinion publique, dont le milieu culturel.
Mais la propagande serbe avait anticipé une telle situation en mettant en scène en décembre 1991, un faux charnier à Timisuara en Roumanie. Ainsi les politiciens de nos pays, ainsi que la plupart des médias de nos pays, ont refusé la comparaison avec les camps nazis et ont mis en doute la mise à mort de milliers de ces prisonniers. A gauche, un stalinien belge, Michel Collon, prétendait dans «Médias-mensonge» que ces camps servaient à l’échange de prisonniers. Idem à droite avec Guy Mettan (qui fut rédacteur en chef de la Tribune de Genève).
Dans le nord-est de la Bosnie-Herzégovine, il y a eu environ 30’000 morts recensés du «nettoyage ethnique» commis par les forces serbes dès avril et 1992 dans les villes et villages de cette région proche de la Serbie : Bjelina, Zvornik, Bratunac, Foca, Srebrenica, Visegrad.
La ville de Gorazde (sur la Drina) a résisté, ainsi que la petite ville de Zepa et les villages de Cerska et Konjevic-Polje (près de Srebrenica). En mai 1992, des résistants bosniaques, avec Naser Oric, ont libéré Srebrenica.
En mars 1993, après une année de résistance héroïque avec très peu de moyens de défense et de subsistance, les villageois de Cerska, Konjevic-Polje et vallée de Pobudje ont du fuir une puissante offensive des forces serbes et ont pu se réfugier à Srebrenica grâce au fait que le 9 janvier, ils ont pris le village serbe de Kravica (qui en bloquait l’accès). De part et d’autre, une cinquantaine de militaires et de civils ont perdu la vie.
Le Général Morillon venu sur place, a alors promis que Srebrenica deviendrait une «zone protégée» par l’ONU, ce qui a été réalisé en avril par décision du Conseil de sécurité de l’ONU et la venue de Casques bleus, aussi à Zepa et dans d’autres villes assiégées.
4. La trahison des grandes puissances a permis le génocide de Srebrenica :
A l’arrivée des Casques bleus en avril 1993, les défenseurs de Srebrenica et de Zepa ont remis leurs armes en échange de la promesse de protection de l’ONU. Mais les bombardements serbes ont continué, causant des morts et des blessés. Les 42’000 habitants et réfugiés de Srebrenica étaient ravitaillées par le HCR depuis Belgrade, mais les forces serbes pillaient les convois et début 1995 ont bloqué leur venue. Les USA ont alors parachuté des vivres.
En mai 1995, les dirigeants des USA, Grande-Bretagne et France ont décidé en secret d’abandonner la défense des « zones de sécurité » de Srebrenica et de Zepa pour répondre aux exigences de Milosevic, qui mettait comme condition préalable à toute négociation de «paix», la remise de Srebrenica et de Zepa à la Republika Srpska, dans le cadre d’un plan de partage ethnique de la Bosnie-Herzégovine.
Cette trahison a ainsi donné le feu vert aux forces serbes pour s’emparer de Srebrenica et de Zepa en juillet 1995, sachant que l’Otan n’interviendrait pas.
Le 8 juillet, les forces serbes dirigées par le général Mladic, ont franchi la ligne de «sécurité», mais ont été repoussés par des défenseurs bosniaques. C’est alors que l’ONU leur a demandé par l’entremise du commandant hollandais Karemans, de se retirer pour laisser place à un bombardement de cette zone par l’Otan. Mais c’était un mensonge car l’Otan n’est pas intervenue pour stopper l’offensive, se contentant de survoler Srebrenica en laissant tomber qu’une petite bombe.
Les forces serbes ont donc pénétré dans la «zone de sécurité» depuis le sud-ouest, provoquant la fuite d’habitants et de réfugiés vers la ville de Srebrenica, relativement protégés par des Casques bleus.
Le 11 juillet 1995, face à l’avancée des forces serbes, le Maire de Srebrenica, Fahrudin Salihovic, a donc ordonné à toute la population de quitter la ville :
– aux femmes, enfants et seniors pour se réfugier à la base des Casques bleus hollandais de Potocari, à 5 km.
Ils ont ensuite été déportés en bus et en camion vers la ligne de front de Kladanj. Mais 2000 hommes ont été arrachés à leurs familles et exécutés en masse dans la commune de Bratunac (voir le film «la voix d’Aida»).
– aux hommes de se rassembler au village de Sunsjari en montagne, pour partir en une longue colonne de 14’000 hommes et adolescents en direction de Nezuk à 80 km au nord, à travers un territoire conquis et occupé par les forces serbes.
Dans la nuit du 11 juillet, franchissant de nuit la ligne de la «zone de sécurité»sans passer par un sentier afin d’éviter les forces serbes, 14’000 hommes sont arrivé le 12 juillet avec difficulté sur le mont Buljim.
Là, un groupe de 4000 hommes (dont un tiers avec des fusils de chasse et kalachnikovs) est parti en avant pour ouvrir une brèche dans le dispositif des forces serbes.
Mais les 10’000 hommes restés derrière, qui se reposaient dans la forêt du mont Buljim après une nuit de marche éprouvante, ont été surpris par un groupe militaire serbe qui les a mitraillé, causant d’innombrables victimes. En repartant, ils ont indiqué la position de ces hommes aux tanks et artillerie serbe postés en contrebas. Des milliers d’hommes ont ainsi été tués ou blessés (morts ensuite faute de soins).
Les forces serbes ont également utilisé du gaz hallucinogène BZ (inventé aux USA et fabriqué en Serbie) ce qui a facilité la capture de milliers d’hommes par les forces serbes qui ont ratissé le terrain. Les prisonniers ont ainsi été amenés en contrebas, dans différents lieux d’exécution : hangar agricole de Kravica, stade de Nova Kasaba, bâtiments et champs au nord de Zvornik).
Dans ses enquêtes sur le terrain, le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a confirmé ces exécutions de masse, y compris de ceux qui s’étaient rendus aux forces serbes en croyant être épargnés.
En recensant 8372 victimes, incluant aussi environ 2000 hommes capturés par les forces serbes à la base des Casques bleus de Potocari, le TPIY a reconnu ces crimes sous le nom de «génocide de Srebrenica».
Mais ce recensement n’inclut pas les victimes du mitraillage et bombardement du mont Buljim du 12 juillet, ni la centaine de femmes violées et tuées.
Les 4000 civils et militaires qui sont partis en avant le 12 juillet, sont arrivés sur le mont Udric et n’ont pas pu secourir les 10’000 hommes restés derrière. Le 16 juillet, sous une pluie battante, ils ont réussi en combattant à franchir 3 lignes serbes pour arriver à Nezuk, soutenus par les soldats de Nezuk et des volontaires rassemblés par Naser Oric (qui avait été extradé par hélico jusqu’à Tuzla début juillet).
Les 300 civils et militaires (dont le commandant Golic de Glogova) qui ont perdu la vie dans cet ultime combat sous Nezuk, n’ont pas été recensés par le TPIY comme victimes du génocide.
5. L’histoire de la colonne des 14’000 hommes :
Sur les 14’000 hommes partis de Srebrenica le 11 juillet 1995, environ 5700 hommes ont survécu : 3700 arrivés à Nezuk le 16 juillet 1995 et seuls2000 hommes sur les 10’000 hommes restés derrière le 12 juillet, dispersés en petits groupes et qui n’ont franchi les lignes serbes que des semaines ou mois plus tard.
Ces survivants du génocide sont donc arrivés trop tard pour faire connaître les vraies circonstances du génocide. En effet, les médias qui ont, le 12 juillet 1995, annoncé un grand massacre à Srebrenica, n’ont pas voulu remettre en question cette première version (quasi officielle) qui ne repose donc pas sur les témoignages des survivants du génocide, ni sur les rapports du TPIY.
Le 12 juillet, nous avions alors tous cru à un grand massacre commis en ville de Srebrenica. Mais par la suite, nous avons rencontré des survivants du génocide qui nous ont expliqué les vraies circonstances du génocide, ce que nous avons tenté de faire connaître en mettant en question la première version.
En fait, les dirigeants des grandes puissances savaient depuis avril 1992 ce qui se passait dans les villes conquises par les forces serbes. Ils ont donc prévu en mai 1995, lors de leur décision secrète, que la ville de Srebrenica allait subir le même sort. Et c’est ce qui a été annoncé aux médias le 11 juillet, ne pouvant pas prévoir alors, que toute la population allait quitter la ville avant l’arrivée des forces serbes.
Ce jour-là, il y a eu des victimes de bombardements, mais pas de massacre/génocide à Srebrenica.
6. Persistance de deux vesrsions du génocide de Srebrenica :
Les autorités politiques, les médias et les universitaires relaient en général en boucle la première version d’un massacre/génocide en ville de Srebrenica, ce qui maintient de facto deux versions différentes du génocide :
– celle largement dominante d’un massacre/génocide en ville de Srebrenica, qui a même été reprise (30 ans après) dans la Résolution de l’ONU de mai 2024, reconnaissant le génocide, mais pas les faits réels.
– celle minoritaire des survivants du génocide, reconnue dans les rapports du TPIY et soutenue par les associations solidaires qui participent chaque année à la Marche internationale pour la Paix au plus près du trajet de la tête de la colonne des 14’000 hommes partis de Srebrenica le 11 juillet en direction de Nezuk.
Mais 30 ans après, pourquoi ne pas corriger cette première version, qui a même été reprise dans la Résolution de l’ONU de mai 2024 qui reconnaît le génocide de Srebrenica ?
Plusieurs raisons peuvent expliquer ce manque de rectification de la 1ère version :
– Les USA ne veulent pas d’enquête sur l’utilisation par les forces serbes du gaz hallucinogène BZ (mis au point par un laboratoire militaire américain et notamment fabriqué en Serbie). La version d’un massacre en ville de Srebrenica permet ainsi d’éviter de connaître les faits réels. Les autorités bosniaques laisse faire, car elles comptent sur les USA pour leur protection, estimant sans doute que le plus important est la reconnaissance du génocide de Srebrenica (qu’importe les faits).
– les survivants du génocide sont mal organisés et n’osent pas, collectivement, remettre en question la version dominante. Beaucoup souffrent encore de profonds traumatismes. En outre, depuis le 12 juillet 1995, chaque petit groupe de survivants a vécu un destin particulier, traqué comme des bêtes par les forces serbes. On ne sait pas encore combien de ces petits groupes ont été décimés avant de pouvoir franchir les lignes serbes des semaines ou mois plus tard, comme Djile.
Quelques témoignages ont été publiés en langue bosnienne, rarement traduits en anglais ou en français.
En outre, très peu de journalistes sont présents dans la tournée des lieux d’exécution, qui est organisé en autocar chaque 13 juillet par les deux associations de veuves de Srebrenica, qui déposent des gerbes de fleurs en hommage aux victimes, avec explication de ce qui s’est passé dans ces lieux situés jusqu’au nord de Zvornik.
En 2015, grâce à notre présence d’internationaux, les veuves de Srebrenica ont pu, pour la première fois, accéder aux hangars agricoles de Kravica, où 1500 hommes ont été exécutés. La police de la Republika Srpska, matraque au poing, nous a laissé passer après en avoir interdit l’accès durant des années.
Seul un film «La voix d’Aida» a été réalisé en mémoire des 2000 hommes capturés à la Base des Casques bleus de Potocari. Mais paradoxalement, aucun film retrace des épisodes de la colonne des 14’000 partis le 11 juillet 1995 de Srebrenica vers Nezuk, victimes du génocide de Srebrenica, malgré de poignants témoignages
Les USA ont su se donner une bonne image en finançant largement le Mémorial de Potocari et la recherche par ADN de l’identité des victimes retrouvées dans les charniers et qui sont enterrées au Mémorial.
La persistance de deux versions fait malheureusement le jeu des négationnistes. Et il n’y a toujours pas de reconnaissance de l’agression et génocide perpétré dans quasi toute la Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995.
7. Le rôle de mémoire et solidarité de la Marche internationale pour la Paix :
En tant que petite association indépendante (membre du réseau Solidarité Internationale Bosnie-Herzégovine), nous avons contribué en initiant la Marche internationale pour la Paix, à faire connaître les faits réels en marchant au plus près du trajet de la tête de la colonne des 14’000 hommes, ceci symboliquement dans le sens du retour.
Nous estimons important, en marchant avec les survivants du génocide depuis 2005, de préserver leur Mémoire et de la transmettre aux nouvelles générations qui chaque année marchent avec nous.
Qui pourrait nous aider à traduire des témoignages de survivants et trouver des éditeurs ?
Nous avons organisé les premières marches en Suisse, en 1996 d’Emmen à Berne et de 2000 à 2004 dans le cadre de l’Association des survivants du génocide, d’Yverdon à Berne et de Croy-Romainmôtier à Genève.
En octobre 2004, j’ai été pour la première fois à Srebrenica, mandaté par «l’Association des survivants de Srebrenica» de Suisse-romande afin d’y transférer la Marche en rencontrant les autorités et celle du Mémorial de Potocari. Je leur ai recommandé d’organiser symboliquement la Marche dans le sens du retour, de Nezuk à Potocari/Srebrenica, ce qui se fait depuis 2005, organisé par un Comité local dans le cadre de la Commémoration du génocide de Srebrenica.
J’avais aussi invoqué des raisons de sécurité, sachant qu’à l’arrivée au Mémorial de Potocari, les médias internationaux sont présents et que tout incident serait alors répercuté, car depuis le bas de Nezuk, toute la région traversée est contrôlée par l’Entité «Republika Srpska».
Chaque année, du 8 au 10 juillet, des milliers de marcheurs parcourent en trois jours les 80 km du trajet de Nezuk à Potocari/Srebrenica, soit 26 km en moyenne par jour, au plus près du trajet de la tête de la colonne des 14’000 hommes partis de Srebrenica le 11 juillet 1995.
Les marcheurs viennent en majorité du pays et de la diaspora, avec en plus des centaines de marcheurs de différents pays, dont notre groupe international présent depuis le début. En 2025, nous étions 42 de Belgique, France, Italie et Suisse parmi 8000 marcheurs qui, en général, dorment à chaque étape, sous tente.
Depuis 2005, nous avons fait le choix de loger dans les maisons des survivants du génocide, avec un prix forfaitaire qui comprend aussi le transport de nos bagages d’étape en étape.
La Marche internationale pour la Paix a plusieurs dimensions :
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La Mémoire du passé au travers des témoignages des survivants sur le terrain,
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La solidarité avec les survivants du génocide qui revivent sur leurs terres, contrôlée par la Republika Srpska (RS) qui est pourtant avec la Serbie co-responsable du génocide.
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Une réflexion sur l’avenir avec la promotion du Vivre ensemble traditionnel de la Bosnie-Herzégovine face aux divisions « ethniques » et aux replis identitaires exploités par l’extrême-droite.
Les survivants du génocide ont reconstruits leurs maisons et ont relancé leurs cultures dans toute la région que nous traversons. Comme avant la guerre, mais moins nombreux, ils sont les seuls habitants. Les Serbes habitent plus loin. Mais ils savent qu’en cas de sécession de la Republika Srpska, ils seraient parmi les premiers menacés.
La «Marche internationale pour la Paix» a donc aussi un important rôle de prévention face au risque de reprise du conflit. La menace est pour l’instant écartée par la décision du Parlement de la Republika Srpska d’octobre 2024 d’abolir les lois de sécession promulguées par leur leader nationaliste serbe Milorad Dodid.
Lors de la première Marche en juillet 2005, nous étions une quinzaine de suisses et de français, avec deux journalistes, au côté de 400 survivants du génocide. En avril 2006, au cours d’une réunion entre le Maire de Srebrenica, Adurahman Makic, quelques survivants et notre groupe international, nous avons décidé du nom de «Marche pour la Paix» – «Marsmira» dans la langue du pays, afin de dne pas nous focaliser sur le passé, mais de valoriser les trois dimensions : Travail de mémoire, Solidarité avec les survivants qui, notamment, habitent dans la région que nous traversons et pour l’avenir promotion du Vivre ensemble face aux replis identitaires.
Cette Marche de 80 km en trois jours requiert toute une logistique, avec des équipes de secouristes qui nous accompagnent, eau par camion-citerne, villages de tentes monté par des volontaires de l’Armée de Bosnie-Herzégovine et d’autre part par une dizaine de municipalités qui y amènent leurs sportifs et jeunes solidaires.
Notre groupe international loge dans quelques-unes de la vingtaine de Chambres d’hôtes de maisons de famille de survivants du génocide, équipées par des communautés Emmaus de France, en espérant, comme sur tout GR (Chemin de Grande Randonnée) la venue d’associations de marcheurs de nos pays entre avril et octobre.
Faute d’une telle participation, nous organisons depuis 2015, notamment pour les seniors, une marche en petit groupe et en petites étapes. Bienvenue !
Trop peu de journalistes sont intéressés à recueillir les témoignages des survivants sur le terrain. La TV public de Suisse-romande (RTS) invoque un problème financier alors que nous pouvons assurer durant la Marche la logistique à peu de frais, comme nous l’avons prouvé en juillet 2019. Mais lors de la projection du documentaire réalisé et de la Table-ronde à laquelle nous n’avons pas été invités. L’appui logistique de Solidarité Bosnie n’a même pas été mentionné. Ayant un point de vue différent sur le conflit, les médias nous évitent.
Ainsi en juin 2015, aucun média n’a voulu couvrir la cérémonie de commémoration organisée avec les autorités de Genève, notamment avec une exposition de photos sur le génocide de Srebrenica sur la Plaine de Plainpalais.
8. Notre association et journal Mirna Bosna (1992-1995) :
Suite au constat, au début de la guerre, qu’aucune organisation politique ne voulait dénoncer l’agression menée par la Serbie, ni soutenir la résistance de la population de la Républlique de Bosnie-Herzégovine, nous avons à quelques-uns fondé à Genève l’association et journal « Mirna Bosna », qui recueillait les témoignages des premiers réfugiés et les informations de Mustafa Bjedic, représentant de la République de Bosnie-Herzégovine, ce qui nous permettait de rédiger des s analyses de la situation en Bosnie-Herzégovine.
Depuis 1993, nous étions en contact avec le Conseiller juridique de la République de Bosnie-Herzégovine, Francis Boyle, qui venait à l’ONU à Genève lors des négociations concernant la Bosnie-Herzégovine. Il nous a informé que le Royaume-Uni avait présenté un projet de résolution qui aurait privé la République de Bosnie-Herzégovine de sa souveraineté, qu’il a alors promptement refusé.
Il constatait que la Cour Internationale de Justice (CIJ) et l’ONU ne prenaient pas les dispositions nécessaires pour stopper l’agression et le génocide en cours en Bosnie-Herzégovine malgré la Requête qu’il avait rédigée et transmise en mars 1993 au nom de la République de Bosnie-Herzégovine. L’ONU se contentait d’organiser des négociations soi-disant de « paix », qui prévoyaient de facto des partages de territoires.
Sous pression des USA, du Royaume-Uni et de la France, le verdict de la Cour Internationale de Justice a été repoussé d’année en année jusqu’en février 2007 où la CIJ s’est limitée à blâmer la Serbie pour « n’avoir pas empêché le génocide de Srebrenica », ce qui n’était pas un e décision de Justice, mais un compromis politique.
En Suisse, nous étions trop peu à contrer la version dominante de «guerre civile inter-ethnique». Lors des négociation avec la Gauche dans le cadre d’une Plate-forme ex-Yougoslavie» il y a eu quelques points d’accord, notamment contre le «nettoyage ethnique», mais nous étions les seuls à exiger la levée de l’embargo sur les armes afin de permettre l’auto-défense de la République de Bosnie-Herzégovine, alors que la Gauche estimait avec les pacifistes que «moins il y a d’armes, moins il y a de morts».
Il y a eu quelques manifestations communes, dont une en avril 1994 et une autre en juillet 1995, mais il n’y a pas eu une mobilisation aussi importante que pour la Palestine, le milieu universitaire est resté passif. Lorsque nous tenions des stands d’information en ville, très peu de passants s’arrêtaient. Et le 1er mai, le problème était aussi la défection des Bosniaques à notre stand.
Durant toute la guerre, Mirna Bosna négociait les autorisations pour les manifestations devant l’ONU où, entre 1500 et 2500 Bosniaques de Suisse et des pays voisins venaient écouter des discours. Il y avait aussi quelques centaines de Kosovars et qu’une vingtaine de Suisses, car la Gauche estimait que c’était des nationalistes avec leurs drapeaux de Bosnie-Herzégovine.
Durant toute la guerre, nous étions en lien avec le mouvement français «Citoyens-citoyennes pour la Bosnie» en participant à leurs congrès et y diffusant et vendant notre journal «Mirna Bosna».
En 1997, nous avons créé une association de soutien à la création de petites entreprises en Bosnie-Herzégovine, destinée aux réfugiés bosniaques sommés de retourner dans leur pays. Quelques entreprises ont été constituées, dont une boucherie et un atelier de réparation automobile.
En 2000, nous avons aidé à la création de l’Association des survivants du génocide de Srebrenica.
9. Le mouvement français «citoyens-citoyennes pour la Bosnie» :
Nous avons assisté à tous les Congrès du mouvement à Paris, Rouen, Toulouse, qui regroupait 350 collectifs qui luttaient contre la politique pro-serbe du gouvernement socialiste de François Mitterand, exigeant la levée de l’embargo sur les armes afin de pouvoir défendre le territoire et la population de Bosnie-Herzégovine.
L’Armée de la République de Bosnie-Herzégovine rassemblait au côté des Bosniaques, des Bosno-croates et des Bosno-serbes, dont le Général Jovan Divjak qui a défendu Sarajevo contre les nationalistes serbes.
L’Association Sarajevo de Paris, animée par Faik Dizdarevic et Francis Jeanson (ex-dirigeant du réseau de soutien au FLN algérien) invitait des journalistes de Sarajevo, y compris serbes, aux Congrès du mouvement, peu relayé dans les médias, à l’exception du journal «Le Monde» qui, en juin 1994, a consacré une page au rassemblement de 10’000 manifestants pour la Bosnie à Caen, lors des fêtes du Débarquement.
Le réseau «Citoyens-citoyennes pour la Bosnie» a coordonné des convois d’aide humanitaire et médicale jusqu’à Sarajevo. Mais l’ensemble des convois, y compris ceux du HCR, étaient au 2/3 pillés par les agresseurs et n’atteignaient qu’une petite partie des populations assiégées qu souvent mouraient de faim.
L’aide humanitaire contribuait à calmer l’inquiétude d’une partie des citoyen-ne-s de nos pays face à l’agression et au «nettoyage ethnique» génocidaire. Mais ce n’est qu’en août 1995, après le sacrifice de Srebrenica, que les grandes puissances ont mené une action militaire pour mettre fin au siège de Sarajevo et à la guerre.
En dénonçant le pro-serbisme du gouvernement de Mitterand, le mouvement «Citoyens-citoyennes pour la Bosnie» a certainement contribué au changement partiel opéré en 1995 par Chirac.
10. La redoutable efficacité de la propagande nationaliste serbe :
Le réseau de propagande serbe était très actif aux USA, en Europe et notamment en Suisse avec les éditions « L’Age d’Homme » de Vladimir Dimitrievich, secondé par Slobodan Despot (directeur de « Raison garder ».
Ils étaient très influents dans le milieu littéraire, auprès des autorités et médias, organisant des sessions dans de grands hôtels. Des nationalistes serbes étant même à la tête du service de sécurité de l’ONU.
Le Professeur serbe, Dusan Sijanski a également joué un rôle important de soutien à la Serbie, étant devenu le conseiller personnel de son ancien élève, Manuel Barroso, président de la Commission européenne.
En juin 1994, le chef du Département de Justice et Police du Canton de Genève a été jusqu’à incarcérer illégalement un jeune Bosniaque travaillant à Genève et qui avait été nommé président d’un Club bosniaque qu’il devait inaugurer le jour suivant. Ayant été brutalement arrêté et mis au secret, l’avocat que nous avions mandaté n’a eu accès au Dossier que 3 semaines plus tard pour constater que celui-ci était vide, mais le but était atteint : les réfugiés bosniaques ont eu peur et le Club bosniaque n’a pas pu ouvrir. Le Canton a ainsi du payer 13’000 frs de dommage-intérêts. La bourgeoisie genevoise ne soutient pas les Bosniaques musulmans.
Le plus grand succès de la propagande serbe a été l’imposition dans le milieu politique et les médias, de leur version de « guerre civile inter-ethnique » ou «inter-communautaire», soi-disant basée sur des haines séculaires. Leurs agressions successives étaient présentées comme des opérations militaires destinées à préserver la Yougoslavie contre des dissidences : Kosovo, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine.
La Serbie prétendait défendre la chrétienté occidentale contre le péril islamique, allant jusqu’à déclarer que le président bosniaque Alija Isetbejovic voulait imposer la Charia en Bosnie-Herzégovine, en mettant en avant son Manifeste musulman qu’il avait rédigé en 1987 pour marquer la différence entre la religion musulmane (avec un m minuscule) et la « nationalité » Musulmane (avec un M majuscule) englobant aussi des Bosniaques athées.
Le milieu capitaliste globalisé a largement t profité de l’effondrement de l’URSS et du communisme pour imposer la privatisation des entreprises avec la complicité des partis nationalistes de tout bord.
Les Accords de Dayton ont omis d’exiger le démantèlement de l’appareil de propagande serbe, qui continue de nier l’agression et le «nettoyage ethnique» et génocide commis en Bosnie-Herzégovine et glorifie Milosevic, Karadzic et Mladic en tant que défenseurs du «peuple serbe» et de la chrétienté face au péril islamique.
En 1999, l’Otan a procédé à des bombardements en Serbie afin de mettre fin à l’agression serbe contre le Kosovo et pour en assurer l’indépendance, en y implantant notamment une base de l’Otan. Cela a permis à la propagande serbe de relancer leur thèse de «peuple serbe victime de l’Occident».
11. L’ONU et la Justice internationale :
Si la Résolution de l’ONU de mai 2024 reconnaît le génocide de Srebrebrenica (8372 victimes) elle refuse par contre, sous pression des alliés de la Serbie, de reconnaître l’agression menée par Milosevic et les forces serbes. Contrairement au Tribunal de Nuremberg qui en 1945 a clairement condamné le régime nazi, l’ONU refuse de faire la distinction entre gouvernement et peuple et ne veut donc pas condamner la Serbie sous le prétexte «qu’aucun peuple ne peut être reconnu coupable». C’est là un flagrant recul qui n’aide pas les Serbes à tourner la page (comme ce fut la cas en Allemagne, ce qui a permis la réconciliation entre la France et l’Allemagne et par la suite la construction européenne.
L’appareil de propagande serbe n’ayant pas été interdit par les Accords de Dayton, celle-ci continue la guerre par d’autres moyens, empêchant toute reconnaissance des crimes et génocide et donc toute perspective de pardon et de réconciliation.
Les condamnations individuelles (comme celles de Karadzic ou Mladic) sont certes positives, mais largement insuffisantes. Qui veut nous faire croire que les crimes commis étaient des initiatives individuels ? Non, l’État serbe a mis toute sa logistique et ses moyens en action sur le terrain, assurant aussi les salaires de Mladic et de ses sbires. Les Serbes de Bosnie honnêtent reconnaissent eux aussi que ce n’était pas une « guerre civile ».
La Cour Internationale de Justice (CIJ) a été très clairement manipulée par les USA et autres grandes puissances comme Florence Hartmann l’explique dans son livre « Paix et châtiment », ce qui laisse subsister un profond malaise lorsque l’on entend, en février 2007, la CIJ se limiter à blâmer la Serbie pour « n’avoir pas empêché le génocide de Srebrenica » alors que la CIJ devait rejeter les pressions politiques et clairement condamner la Serbie de Milosevic et aussi la Croatie de Tudjman.
12. La Bosnie-Herzégovine : une histoire passionnante :
La Bosnie-Herzégovine est depuis un millénaire un pays de montagne, multiculturel comme la Suisse, ayant intégré de multiples peuplades et influences. En 1050, l’Église bosniaque s’est trouvée au milieu de la division entre l’Église romaine et celle de Constantinople et a donc choisi une 3ème voie, inspirée par un prêtre bulgare, Bogomil, ce qui a donné le nom à une version originale du christianisme liée aux Cathare de Provence.
Durant plus de trois siècles, le Royaume de Bosnie-Herzégovine a protégé cette église qui coexistait avec des chrétiens catholiques et orthodoxes et, au XV siècle, a autorisé l’implantation de monastères musulmans soufis.
Face aux expéditions militaires de la Rome vaticane qui voulait anéantir ce catharisme oriental, les Bosniaques ont, après une courte résistance, accueilli en libérateurs les Ottomans et se sont en majorité convertis à l’islam, en général dans la version soufi, proche de l’esprit Bogomile.
Peu après l’an 1500, Sarajevo et d’autres villes de l’Empire Ottoman, ont accueilli des Juifs chassés d’Espagne, qui ont largement contribué à l’essor culturel, artisanal et économique de la Bosnie-Herzégovine et notamment du Bacarcija de Sarajevo, toujours au coeur de cette cité.
Après 1887, l’Empire autrichien a pris la relève, y apportant un urbanisme moderne, le tram de Sarajevo et le train de Zagreb au port de Ploce, des routes et stations thermales.
La Bosnie-Herzégovine cultive donc depuis des siècles les valeurs du Vivre ensemble, enrichie par des apports de culture européenne et d’Orient, mêlant au coeur des cités des églises, des mosquées et quelques synagogues.
Il est donc important que cet héritage se transmette, malgré la barbarie déchaînée par les nationalistes serbes et croates et que toutes et tous puissent revivre ensemble malgré les clivages institutionnalisés depuis la guerre.
Depuis la fin de la guerre, la Bosnie-Herzégovine s’est reconstruite avec une aide internationale, notamment dans la reconstruction du pont historique de Mostar, détruit par les forces croates.
Les destructions les plus visibles sont effacées, mais les traumatismes subsistent, restant bloqués par la non-reconnaissance par la Serbie de leur agression et génocide. Il ne peut pas y avoir une réelle Paix sans Justice.
13. La Gauche de nos pays influencée par le pro-serbisme du gouvernement socialiste de François Miterand :
En octobre 1991, j’ai été informé par un Bosniaque de la préparation par la Serbie d’une attaque contre la Bosnie-Herzégovine. C’est en vain que j’ai alerté la Gauche et notamment le Comité Paix (dont j’étais membre), car quasi personne ne connaissait la Bosnie-Herzégovine et il y avait une méfiance envers les Bosniaques musulmans, alors considérés par leur volonté d’indépendance comme des dissidents de la Yougoslavie.
Lorsque la guerre a débuté en avril 1992, quasi toute la Gauche, Comité Paix, Groupe Suisse sans armée(GSSA) a adopté la version dominante dans les médias, de «guerre civile inter-ethnique», «tous belligérants», niant ainsi l’agression et le génocide («nettoyage ethnique») menée par les forces serbes.
Lorsque nous dénoncions l’embargo sur les armes, illégalement imposé à la République de Bosnie-Herzégovine par le Royaume-Uni, la France et les USA via l’ONU pour l’empêcher de défendre son territoire et sa population, nous étions alors traités de «va-t’en guerre» car les pacifistes de nos pays. Ils croyaient naïvement que «moins il y a d’armes, moins il y a de morts».
En réalité, lorsque les forces serbes occupaient une ville ou un village, tous les hommes étaient raflés, torturés et souvent exécutés et la population expulsée de force. Les gouvernements occidentaux étaient parfaitement au courant et ont laissé faire, allant jusqu’à imposer un embargo sur les armes à la République de Bosnie-Herzégovine (pourtant reconnue internationalement), tout en refusant d’intervenir militairement eux-mêmes, comme l’exige la «Convention internationale pour la prévention et répression du crime de génocide (adopté par l’ONU en 1948) : c’était donc de facto une complicité avec l’agresseur, qui a ainsi pu durant trois ans poursuivre sa campagne de «nettoyage ethnique», principale cause de la mort de plus de 100’000 personnes en grande majorité Bosniaques musulmans.
Après le sacrifice de Srebrenica en juillet 1995, les grandes puissances ont enfin décidé d’intervenir pour mettre fin à l’agression et au «nettoyage ethnique, procédant par l’OTAN à la levée du siège de Sarajevo et ensuite aux Accords de Dayton pour mettre fin à la guerre, mais avec de multiples concessions lourdes de conséquences.
En 1999, Kofi Annan (Secrétaire de l’ONU) a reconnu que l’embargo sur les armes était illégal.
14. La convergence entre ultra-libéraux et nationalistes fascisants :
Les négociateurs sur la Bosnie-Herzégovine étaient presque tous membres de cercles liés au grand capital mondialisé (Bilderberg, Commission trilatérale, etc.) qui influencent la politique des USA et de l’UE, des services secrets et des principaux médias. Dès la chute du Mur de Berlin en 1989, Ils ont procédé à la privatisation de l’économie des pays ex-communistes, y compris en Yougoslavie, afin de détruire le socialisme autogestionnaire qui pouvait constituer une alternative pour les travailleurs après la chute de l’URSS. Pour cela, ils ont poussé les dirigeants de la République de Bosnie-Herzégovine à procéder à la nationalisation des entreprises autogérées (les travailleurs étant alors mobilisés sur le front) pour ensuite, à la fin de la guerre, privatiser ces entreprises.
Ce processus, mené dans toute l’ex-Yougoslavie, avec la mise à la rue de centaines de milliers de travailleurs, a favorisé la montée de partis nationalistes, du clientélisme et de la corruption.
Les partis conservateurs comme le SDA, les sociaux-démocrates ainsi que la plupart des syndicats, ne développent pas un projet socio-économique suffisamment attractif pour empêcher beaucoup de jeunes et moins jeunes, en général qualifiés, de partir travailler dans des pays de l’Union européenne ou en Suisse.
Des Bosniaques commencent néanmoins à revenir, notamment à Sarajevo.
15. L’accord entre Serbie et Croatie pour se partager la Bosnie-Herzégovine :
En mars 1991, Milosevic et Tudjman ont décidé en secret de régler leurs problèmes entre Serbie et Croatie, en se partageant la Bosnie-Herzégovine.
Comme le révèle l’enquête menée par la BBC : « Suicide d’une Nation », Slobodan Milosevic a orchestré toute la stratégie, la logistique et le financement de son agression en Bosnie-Herzégovine.
L’accord de paix avec Tudjman en novembre 1991, lui a ainsi permis de placer les tanks et artillerie retirés de Croatie sur les hauteurs de Sarajevo en vue du siège de cette ville.
A son tour, en mars 1993, Tudjman a lancé les forces croates pour s’emparer d’une partie de l’Herzégovine par un «nettoyage ethnique» des non-croates. La ville de Mostar avec son pont historique de la période ottomane, ont été bombardés par les forces croates, complétant les destructions opérées par les forces serbes.
En avril 1994, un accord de cessez-le-feu a permis le lancement d’une fédération Croato-Bosniaque, qui ensuite a pris le nom de «Fédération de Bosnie-Herzégovine» divisée en dix cantons, certains mixtes, d’autres en majorité Bosniaques ou Croates, qui ont maintenu deux scolarités différentes.
Dès 1996, les quartiers bosniaques de Mostar ont été reconstruits, ainsi que le pont ottoman en l’an 2000.
La ville, longtemps été partagée, mais depuis 2016 il y a un un Maire en commun, Bosno-Croate. Mais un noyau dur de nationalistes croates continue de revendiquer une Entité Croate, en s’alliant avec les nationalistes serbes.
16. Une Justice internationale trop souvent soumise à la volonté politique des grandes puissances :
En 2006, le nouveau président serbe Djindic a fait arrêter et transférer au TPIY l’ex-président Milosevic, en remettant aussi au TPIY des documents prouvant sa culpabilité dans l’agression menée en Bosnie-Herzégovine. C’était un acte extraordinaire, mais les USA sont intervenus pour empêcher que ces documents soient remis à la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui devait depuis 1993 répondre à la plainte de la République de Bosnie-Herzégovine accusant la Serbie d’agression et de génocide. La CIJ a ainsi été privée de preuves supplémentaires pour l’inculpation et la condamnation de la Serbie pour agression et génocide. Sous pression politique, la CIJ s’est ainsi limitée en février 2007 à blâmer la Serbie «pour n’avoir pas empêché le génocide de Srebrenica».
Alors par chance, interviewé par la Radio de Suisse-romande, j’ai pu dénoncer en direct ce déni de Justice et l’allégeance de la CIJ aux USA, qui ne voulaient pas que la condamnation de la Serbie puisse créer un précèdent juridique susceptible de se retourner contre eux , suite à leurs multiples interventions internationales.
Cette manipulation a brillamment été dénoncée par Florence Hartmann (ex-porte-parole de Carla Del Ponte) dans son livre «Paix et châtiment», ce qui lui a valu une peine pénale et emprisonnement de quelques jours par l’intermédiaire d’un juge du TPIY pour divulgation d’un secret d’État protégeant la Serbie.
L’Accord de «paix» de Dayton (qui a arrêté la guerre) n’a pas été élaboré par la Justice international, mais par les dirigeants des USA et en partie anglais et français qui ont accepté le principe de partage ethnique de la Bosnie-Herzégovine tel que prévu dans l’accord secret conclu en mars 1991 entre Slobodan Milosevic et Franjo Tudjman. Ce n’est donc pas un hasard si Milosevic et Tudjman ont été avec Alija Isetbegovic, signataires des Accords de Dayton qui ont divisé la Bosnie-Herzégovine en deux Entités ethniques :
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Fédération de Bosnie-Herzégovine (51% du territoire) partagé entre Bosniaques et Croates.
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République Serbe (RS) 49% du territoire, dont une grande partie conquise par la force, comme la région de Srebrenica, mise sous l’autorité de la RS malgré la reconnaissance du génocide…
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Par la suite, un statut spécial a été accordé pour le District de Bcko (au nord du pays).
Si les frontières de la Bosnie-Herzégovine ont néanmoins été reconnues, avec quelques organes de gouvernance centralisées, comme les douanes, la monnaie, l’Armée, les affaires étrangères, les Entités ont une part prépondérante dans beaucoup de domaines, notamment l’éducation et la gestion des ressources.
En annexe des Accords de Dayton, le Droit au retour a permis aux Bosniaques de revenir sur leurs terres (dans les régions prises et occupées par les forces serbes. Les Serbes sont ainsi acceptés en Fédération.
Dans la Résolution de l’ONU de mai 2024 reconnaissant le génocide de Srebrenica, il n’y a aucune mention de l’agression et génocide mené par la Serbie de Milosevic entre avril 1992 et décembre 1995, ce qui constitue un sérieux recul par rapport au Tribunal de Nuremberg de 1945 qui a clairement condamné l’État nazi, sans pour cela condamner l’ensemble du peuple allemand. Cette condamnation a ainsi ouvert un processus de reconnaissance des faits et de changement démocratique, qui a permis la réconciliation franco-allemande.
Par contre, la non-condamnation de la Serbie de Milosevic n’a pas permis au peuple serbe de clairement tourner la page, de reconnaître l’agression et le génocide mené par leurs dirigeants nationalistes et ainsi pouvoir tpurner la page et entamer un processus de réconciliation.
Les Bosniaques restent donc dans l’attente d’une telle reconnaissance et d’une demande de pardon, ce qui est refusé par les nationalistes serbes qui vont jusqu’à prétendre dans leur propagande que «c’est le peuple serbe qui est victime», ce qui risque de reproduire une nouvelle confrontation.
En 2002, Milosevic est brusquement décédé lors de son procès, confronté à des preuves accablantes par l’Accusation commune de la Bosnie-Herzégovine et de la Croatie. La condamnation a ainsi été interrompue.
Rappelons qu’en février 2007, la Cour Internationale de Justice (CIJ) a rejeté la Requête déposée en mars 1993 par la République de Bosnie-Herzégovine contre la Serbie pour agression et génocide. Ce remarquable réquisitoire a été rédigé par le Conseiller juridique Francis Boyle, d’origine américaine. Il exigeait par le biais de la CIJ (principal organe juridique de l’ONU) une action immédiate et déterminée de l’ONU contre le génocide en cours, selon la Convention internationale de prévention et répression du crime de génocide (adopté par l’ONU en 1948). Mais les grandes puissances et l’ONU ont laissé la Serbie poursuivre le «nettoyage ethnique» (génocide) en cours.
17. La menace de sécession de la République serbe :
Les « Femmes en noir » de Belgrade et les pacifistes (de nombreux étudiants serbes ont désertés) sont toujours considérés par le pouvoir serbe comme des traîtres.
Par contre, les criminels de guerre comme Karadzic et Mladic sont vénérés comme des héros du «peuple serbe».
Dans quasi tous les pays de l’est, ex-communistes, il y a un inquiétant phénomène de repli nationaliste avec des leaders autoritaires, voir fascisants, notamment en Serbie et en «République serbe » (RS).
L’appareil de propagande nationaliste serbe n’a pas été démantelé après la guerre. Il poursuit donc le plan de sécession de la RS (occupant le 49% du territoire de la Bosnie-Herzégovine) pour l’annexer à la Serbie.
Le gouvernement de la Republika Srpska contrôle tous les médias afin d’endoctriner la nouvelle génération avec un programme scolaire qui supprime toute référence à l’histoire et à la culture de Bosnie-Herzégovine, pour n’inclure que l’histoire et la culture de Serbie (avec des livres de Belgrade).
Les nationalistes serbes sont appuyés par l’Eglise orthodoxe et la Russie, qui y entraîne ses forces spéciales.
Le PIC (organe international) censé contrôler l’application des Accords de Dayton, reste passif. Son ex Haut-Représentant, Valentin Inzko, a ainsi refusé de soutenir les parents de Konjevic Polje pour obtenir de la RS le respect de leurs Droits culturels (pourtant inscrits dans les Accords de Dayton) notamment dans le programme scolaire en y incluant l’écriture latine et l’enseignement de l’histoire et culture de la Bosnie-Herzégovine.
Faute d’une médiation, les parents de Konjevic Polje n’ont rien obtenu et ont du ouvrir leur propre Ecole à Nova Kasaba avec plus d’une centaine d’élèves, des enseignants avec le programme scolaire de Sarajevo.
Le PIC laisse aussi Milorad Dodik bloquer depuis 10 ans la reconstruction des Bains médicinaux de Srebrenica, engagé par un promoteur Bosno-serbe qui voulait engager 700 employés issus des deux communautés.
Dodik veut maintenir un apartheid et casser le processus de rapprochement entre les citoyens et travailleurs des deux communautés qui existe à la Mairie, au Centre commercial et dans l’équipe de foot.
La menace de sécession a en principe été levée en octobre 2024 par la décision du Parlement de la Republika Srpska d’abroger les lois de sécession. Malgré sa destitution, Milorad Dodik reste très influent. Les nationalistes serbes n’attendent qu’une conjoncture internationale favorable avec la montée de l’extrême-droite en Europe et aux USA pour relancer leur plan de rattachement de la Republika Srpska à la Serbie.
18. Le mouvement de contestation en Serbie et RS :
En 2015, des manifestations populaires se sont succédées à Banja Luka (la capitale de la République serbe) suite à la mort suspecte du jeune David, mettant en cause la corruption des politiciens au pouvoir. A un certain moment, le père de David et le père d’un jeune tué à Sarajevo de façon suspecte, se sont solidarisés.
Et maintenant, depuis trois ans, de grandes manifestations secouent la Serbie, dénonçant la corruption du régime Vucic et son autoritarisme. La dernière manifestation en mars 2026 a réuni plus de 200’000 personnes de tout âge, des villes et de la campagne, unis pour exiger des élection anticipées pour remplacer le gouvernement actuel.
Mais l’Union européenne ne soutient pas ce mouvement, car il a signé des contrats avec Vucic pour l’exploitation de mines de lithium. Comme par hasard, un cousin de Vucic, qui porte le même nom, est devenu Maire de la municipalité de Srebrenica, où un important filon de lithium a été découvert.
19. La Marche internationale pour la Paix de Nezuk à Srebrenica, du 8 au 10 juillet :
Après une première Marche Srebrenica en Suisse avec des survivants entre Emmen et Berne en 1996 et les 5 Marches organisées entre 2000 et 2004 dans le cadre de l’Association des survivants, d’Yverdon à Berne et de Croy-Romainmôtier à Genève, l’Association des survivants m’a mandaté en octobre 2004 pour rencontrer les autorités de Srebrenica et responsables du Mémorial de Potocari.
Depuis 2005, un Comité local organise cette Marche en trois jours sur 80 km, symboliquement dans le sens du retour au plus près du trajet de la tête de la colonne de juillet 1995. Le 8 juillet, nous partons du village de Nezuk (où sont arrivés le 16 juillet 1995, les premiers survivants du génocide) jusqu’au Mémorial de Potocari où nous arrivons au soir du 10 juillet. Cette Marche a trois dimensions :
– le travail de Mémoire par les témoignages des survivants (peu ont écrit leur expérience).
–la solidarité avec les survivants, qui revivent sur leurs terres avec leurs familles, ayant reconstruit leurs maisons et relancé leurs cultures, tout en résistant pacifiquement à l’occupation de leur région par la RS.
– le travail de prévention face au risque de reprise du conflit et en solidarité avec tous les peuples qui souffrent de guerre et de génocide.
La Marche pour la Paix regroupe de 5000 à 8000 marcheurs de tout âge, en majorité de toute la Bosnie-Herzégovine et de la diaspora, accompagnés par des personnes et groupes solidaires venant de tous les continents (Europe, Turquie, Moyen-Orient, Amérique, Afrique, Australie)
Nous marchons en terrain boisé et montagneux, très beau paysage avec des maisons isolées et petits villages. A A chaque fin d’étape, des villages de tentes accueillent la grande majorité des marcheurs.
Notre groupe international, de France, Belgique, Italie et Suisse, loge dans les Chambres d’hôtes aménagées avec l’aide d’Emmaus (France et Bosnie) qui a largement contribué à l’aménagement du trajet : élargissement de sentiers, reconstruction d’un pont en bois emporté par une crue en 2018, création d’un sentier de 7 km sur les traces de la colonne des 14’000 hommes passés là dans la nuit du 11 au 12 juillet 1995 sans éclairage pour éviter d’être repérés par les forces serbes.
En 2025, il y avait 8000 participants et participantes, dont 42 dans notre groupe international.
20. Transmission de la Mémoire aux nouvelles générations :
Les jeunes de nos pays ignorent qu’il y a eu plus de 100’000 morts en Bosnie-Herzégovine il y a 30 ans. Il est donc important de pouvoir développer des sessions d’information et de prévention dans les école, en relevant que des Croates et Serbes ont défendu la République de Bosnie-Herzégovine, comme le général Jovan Divjak, ex-officier serbe, qui est très populaire à Sarajevo.
Après la guerre, il a monté une association « L’éducation construit la Bosnie » pour aider les écoliers de familles pauvres de toute origine. Il est décédé en 2024, mais sa mémoire et son œuvre sont toujours vivantes.
Il est nécessaire de faire connaître l’histoire multiculturelle millénaire de la Bosnie-Herzégovine.
François Mitterand tentait de justifier sa politique pro-serbe par le fait qu’en 1914-1918, la France et la Serbie étaient alliés contre l’Autriche et l’Allemagne. Il disait que les Croates étaient fascistes et que les Serbes étaient anti-nazis, alors que le général Nedic était une sorte de Pétain serbe, qui a exterminé les 18’000 Juifs de Serbie.
En réalité dans tous ces pays, il y a eu des résistants et des fascistes. Le régime Oustachi croate de Pavelic a exécuté des dizaines de milliers de Serbes, Juifs, Roms et résistants (notamment au camp de Jasenovac).
Mais parmi les Partisans, basés surtout en Bosnie-Herzégovine, la majorité étaient des Croates anti-fascistes, dont Tito lui-même. Les premiers congrès préparant la Yougoslavie socialiste ont eu lieu en Bosnie libérée.
Les Tchetniks serbes ont massacré des milliers de Bosniaques musulmans dans la vallée de la Drina, dans les mêmes lieux à Foca et Visegrad en 1942 et en1992.
Louise Lambrichs nous a averti par ses livres que si les crimes de masse ne sont pas reconnus, ils sont appelés à se reproduire. C’est ce qui s’est passé en Bosnie-Herzégovine et risque donc aussi de se reproduire.
21. Solidarité Internationale Bosnie Herzégovine (SIBH) :
Nous souhaitons le lancement de sections nationales SIBH dans divers pays afin de pouvoir développer une solidarité citoyenne favorisant la création d’associations et de coopératives (comme PREC vers Zivinice), l’Ecole autonome de Nova Kasaba, promotion de la Marche pour la Paix de juillet et du tourisme solidaire en Bosnie-Herzégovine, organisation de colloques, conférences-débats, projection de films, interventions auprès des autorités et médias.
Le réseau SIBH a été fondé à l’issue de la Marche pour la Paix de 2014 par des marcheurs, en majorité français, suite au Colloque Bosnie organisé en mars 2009 par l’Association Bosnie Mir Sada (Lyon) et Solidarité Bosnie (Genève) avec 120 participant-e-s.
Nous voulons développer les liens entre les citoyens solidaires de nos pays et les membres de la diaspora bosniaque pour soutenir les responsables de projets de développement locaux, avec notamment création d’emplois rémunérés correctement, afin de mettre fin au processus d’exode des forces vives.
Il faut espérer que le Vivre ensemble, depuis un millénaire une des valeurs essentielles de la Bosnie-Herzégovine puisse à nouveau se développer face à la vague de replis identitaires exploités par l’extrême-droite, notamment islamophobe, en Europe et aux USA.
22. Mon lien et engagement avec la Bosnie-Herzégovine :
Ayant été en 1965 à 19 ans un des participants au lancement d’un jumelage entre une région du Canton de Vaud et une commune en Algérie, 3 ans après la fin de la guerre de libération, nous avons connu des autogestionnaires algériens qui nous ont conseillé d’aller en Yougoslavie. En 1966, nous avons donc visité des entreprises autogérées en Yougoslavie et ayant appris qu’il y a une région musulmane en Yougoslavie, nous sommes arrivés à Mostar, éblouis par la beauté de cette cité et de son fameux pont. Un groupe de jeunes musulmans nous a alors invité à traverser la Neretva à la nage, ce qui été pour nous un évènement marquant.
A Sarajevo, nous avons été accueilli par une famille qui nous a initié à l’histoire multiculturelle millénaire de la Bosnie-Herzégovine (ce qui est inconnu dans nos pays).
Lors de l’implosion de la Yougoslavie en 1991, j’étais membre du Comité Paix à Genève et je m’inquiétais pour la Bosnie-Herzégovine. C’est ainsi que j’ai rencontré un Bosniaque qui était venu à Genève, ayant appris par un de ses amis serbes que la Serbie préparait une agression contre la République de Bosnie-Herzégovine. J’ai tenté d’alerter la Gauche et les pacifistes, mais sans succès et lorsque l’agression a débuté en avril 1992, je me suis retrouvé presque seul car tout le monde croyait alors que c’était une « guerre civile interethnique ».
J’ai alors pris contact avec des camarades français et avons contribué au lancement du mouvement « Citoyens-citoyennes pour la Bosnie ». A Genève, nous avons lancé le groupe et journal Mirna Bosna et avons organisé avec des Bosniaques musulmans (en majorité de Suisse-alémanique) et des Kosovars, la 2ème manifestation en Europe contre l’agression et le génocide. J’ai ensuite poursuivi mon engagement.
Ivar Petterson, président Solidarité Bosnie
Associations solidaires en Suisse et en France :
Solidarité Bosnie c/o Maison des associations. 15, rue des Savoises. 1205 Genève. Arrêt tram 15 / bus 1 Place du Cirque. Tél. +41 (0)22 321 63 14 (matin) ou +41 (0)79 871 84 74. Email : info@solidarite-bosnie.ch
Site : www.solidarite-bosmie.ch (en voie de réactualisation). Bibliothèque avec 200 livres en prêt sur la Bosnie-Herzégovine et Yougoslavie. Large documentation à disposition d’élèves, étudiants ou chercheurs.
IBAN CH09 0900 0000 1071 1427 1 Cotisation 60 frs. Tout don bienvenu !
Association SIBH-France : sibh.fr@gmail.com Président : Jacques-Olivier David, tél. 06 04 67 08 04.
Bosnie Mir Sada (Lyon) Email : mir.sada.bosnie@gmail.com www.bosniemirsada.com
Enfrance du Monde (Dombes) Email : enfrancedumonde2@gmail.com www.enfrancedumonde.com
Quelques sites :
Le Courrier des Balkans (sur abonnement) www.lecourrierdesbalkans.com Infos en français 10 x par mois.
BHinfos (sur abonnement) www.bhinfo.fr
MarsMira (en Bosnien et anglais) www.marsmira.com
Quelques références :
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Requête de la République de Bosnie-Herzégovine auprès de la Cour Internationale de Justice (CIJ), déposée en mars 1993 contre la Serbie pour « agression et génocide ». le Juriste international Francis Boyle y a résumé en 73 pages l’histoire et la culture plurielle de la Bosnie-Herzégovine, la désintégration de la Yougoslavie, l’agression contre la République de Bosnie-Herzégovine, les débuts du génocide avec des exemples concrets et un appel à une intervention internationale pour faire appliquer la Convention de l’ONU de 1948 pour prévenir et réprimer le crime de génocide en cours. A voir sur le site de la CIJ.
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Enquêtes du TPIY sur le «nettoyage ethnique», génocide de Srebrenica. Voir leur site.
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Les arguments de l’Accusation de la Croatie et Bosnie-Herzégovine au procès de Milosevic 12.03. 2019 (voir site www.irmct.org/fr/cases)
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Le Rapport de Tadeuz Mazowiecki (août 1992, juin 1993).
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Le Rapport sur la Chute de Srebrenica, de Kofi Annan, 15 novembre 1999,
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Voir aussi les sites du HCR et du CICR. Leurs actions ont sauvé la vie à des milliers de Bosniaques, faute d’une action politique des grandes puissances pour stopper l’agression et le génocide pour des raisons fallacieuses, comme l’a démontré finalement leur intervention militaire en août-septembre 1995.