Histoire de la Marche pour la Paix de Nezuk à Potocari/Srebrenica :
Genève, le 30 juin 2014, modifié en janvier 2024
-
Les 6 premières Marches en Suisse :
C’est en juillet1996 qu’a eu lieu la 1ère Marche Srebrenica, organisée par l’Association Suisse-Bosnie. Elle est partie du Canton de Lucerne pour arriver à Berne, en trois jours, avec la participation d’une cinquantaine de survivants du génocide de Srebrenica.
En janvier 2000 s’est constituée avec l’appui de quelques suisses solidaires « l’Association des survivants de -Srebrenica » avec des membres vivant dans les cantons de Genève et Vaud.
En mars, j’ai proposé d’organiser une Marche entre Yverdon et Berne (80 kilomètres) qui a eu lieu au départ d’Yverdon en juillet avec une cinquantaine de survivants, accompagné par n journaliste. Seconde étape d’Estavayer-le-lac jusqu’au lac de Morat. Troisième étape, après la traversée du lac, sur Morat, nous longeons l’Aar jusqu’à Berne., où nous avons remis une pétition aux autorités.
Outre la dimension mémoire, la marche favorisait une dimension thérapeutique : les rescapés exprimaient ce qu’ils ont vécu, ce qui contribue à évacuer leurs traumatismes. Ils poursuivaient leurs échanges tard dans la nuit. Et lors de leur sommeil, ils étaient dès fois secoués par des cauchemars.
La Marche contribuait à créer une cohésion et une dynamique dans cette communauté.
A Berne, nous étions accueillis par les femmes bosniaques, venues avec des boissons et victuailles.
En 2003 et 2004, nous partions de Croy-Romainmôtier jusqu’à Genève. Là aussi en trois jours, en dormant sous des tentes. Nous longions le pied du Jura et arrivés devant l’ONU à Genève, là aussi accueillis par les femmes bosniaques, nous déployons nos banderoles.
-
Transfert de la Marche en Bosnie-Herzégovine en octobre 2004 :
En 2004, nous avons commencé à réfléchir au transfert de la Marche sur le trajet de la colonne de juillet 1995, ceci d’autant plus que les médias continuait à dire que le massacre ou génocide de Srebrenica se serait passé en quelques heures en ville de Srebrenica, voulant ignorer le témoignage des survivants sur l’histoire de la colonne des 14’000 hommes partis de Srebrenica le 11 juillet 1995 en direction de Nezuk.
En octobre 2004, j’ai donc été mandaté par l’Associ
ation des survivants pour rencontrer les autorités de Srebrenica. J’ai donc été dans la région de Tuzla et à Srebrenica avec Agnès Casero (avocate à Toulouse) et Djevad (interprète à Sarajevo). A Srebrenica, sur conseil de Fahrudin Salihovic (ex.Maire de Srebrenica réfugié à Genève) nous avons rencontré le président du Mémorial de Potocari. J’ai alors présenté un album-photo de la Marche organisée en Suisse et expliqué comment nous l’organisons, en proposant que la Marche s’effectue symboliquement dans le sens du retour. Cette proposition a été acceptée par le Maire de Srebrenica, Abdurahman Malkic, qui a pris en main depuis 2005 l’organisation des premières marches, qu’il a proposé de nommer Marche pour la Paix, ce que nous avions tout de suite accepté, car ce nom permet de lier passé, présent et futur.
-
Dimensions de la Marche pour la Paix :
La Marche a plusieurs buts :
-
Favoriser la transmission de la mémoire des survivants du génocide aux nouvelles générations, aux participants à la Marche, aux autorités et médias.
-
Lutte contre le négationnisme de la propagande serbe qui endoctrine et embrigade leurs jeunes en vue d’un nouveau conflit par le biais d’une sécession de la Republika Srpska (RS) qui occupe le 49% du territoire de la Bosnie-Herzégovine, dont toute la région de Srebrenica.
-
Développer une solidarité concrète avec les centaines de survivants, qui sont revenus sur leurs terres, y ont reconstruit leurs maisons et relancer leurs cultures. Ils résistent pacifiquement à l’occupation de leur région en sachant qu’en cas de sécession ils seraient obligés de se défendre.
-
La promotion du vivre ensemble et réflexion sur une alternative aux blocages instaurés par les Accords de Dayton et blocage des autorités nationalistes serbes de la finition des travaux de réhabilitation des Bains thermaux médicinaux de Srebrenica, dont le promoteur, Bosno-serbe, prévoyait l’engagement de centaines de travailleurs des deux communautés.
Le 11 juillet dès 14h, après notre participation à la Cérémonie de commémoration du génocide de Srebrenica, où sont enterrés des victimes du génocide, notre groupe franco-suisse organise un moment de bilan et de réflexion, dont en 2019 sur un projet fédéraliste inspiré du modèle suisse pour la Bosnie-Herzégovine. Ce n’est pas évident car tous les pays ex-communistes ont gardé un modèle « fédéraliste » stalinien, vertical et ethnique, qui a de facto préparé le terrain aux divers nationalistes.
-
L’organisation des Marches de Nezuk à Potocari/Srebrenica du 8 au 10 juillet : :
La Marche est organisée par un Comité local. Il y a des équipes de secouristes, des camions d’eau. Aux étapes, il y a des tentes, militaires et civiles (nt. apportées par des municipalités) et des épiciers.
Au long des 80 km du trajet, à l’exception de passages plus escarpés, les habitants, avec leur parenté de la diaspora, nous accueillent avec des boissons, du café, du thé et des vivres, ce qui contribue à créer une ambiance vraiment conviviale. On ne rencontre d’ailleurs que des Bosniaques et toutes les tombes, dont certaines assez anciennes, sont musulmanes, ce qui prouve bien que l’occupation serbe est illégitime. On trouve aussi notamment vers le col du mont Udric, des pierres gravées (Steccis) de la période Bogomile (1090-1490) qui témoignent de l’autonomie politique et religieuse de la Bosnie-Herzégovine, suite au schisme de la chrétienté en 1050.
-
Les projets :
L’enjeu est de contribuer au développement économique de cette région. Ce trajet ayant été reconnu comme GR (Chemin de Grande Randonnée) nous espérons trouver des associations de marcheurs de nos pays pour venir entre fin avril et début octobre. Mais jusqu’à présent qu’une seule association est venue. Il y a encore beaucoup de préjugés et de peurs et un sérieux manque de solidarité.
Pourtant, plus d’une quarantaine de Chambres d’hôtes ont été équipées au long du parcours par des compagnons Emmaus de France. Et nous sommes vraiment bien accueillis, avec une excellente cuisine locale et un prix modique.
Un de nos buts est la création d’infrastructures locales avec à chaque étape de la Marche un bâtiment doté d’une grande salle polyvalente, servant à la fois aux activités des habitants (réunions, fêtes, cinéma, animations diverses) et aux marcheurs, avec un stock de matelas, avec en sous-sol des W.C et douches. Une estrade couverte pourrait accueillir une installation sono.
Ces 80 km pourraient être prolongés en GR jusqu’à Dubrovnik en passant le long de la Drina.
-
La Marche pour la Paix, en résumé depuis 2005 :
Le déminage sous Nezuk n’étant pas terminé, la 1ère marche est partie du col de Cernivor (sur la route entre Tuzla et Zvornik). Nous étions 450, presque tous des vétérans de la colonne de 1995, avec 15 participants de Suisse et de France, dont 3 journalistes suisses.
La grande majorité des marcheurs logent sous tente, montées et démontées par des volontaires de l’armée de Bosnie-Herzégovine. Notre groupe franco-suisse a logé chez des habitants.
Depuis 2005, il y a des équipes Croix-Rouge et même un hélicoptère avec un médecin à bord.
Au départ, la Marche a bénéficié du soutien du Ministère chargé des retours, de la Ville de Genève et d’autres Communes de Suisse-romande.
La population nous accueille chaque année avec du café, du thé, des sirops, jus de fruits.
Dans la vallée de Kamenica, 13 charniers ont été découverts, contenant les restes de milliers de victimes. Ils sont signalés. Grâce à l’ADN, les victimes ont été identifiées et les familles ont pu procéder aux enterrements au Mémorial de Potocari au cours des années suivantes.
Dès 2015, il y a plus de 6000 tombes.
A la 2ème étape, il y a la ravissante vallée de la Drinaca avec le pont piétonnier de Glodi, qui précède la montée du mont Udric. C’est un sentier ombragé de 6 km. qui arrive sur un petit col, avant la descente sur Cerska : village qui fut avec celui de Konjevic Polje l’un des bastions de la résistance de cette région (avril 1992-mars 1993) avec aussi la vallée de Pobudje où se situe le camp de la 3ème étape. Nous logeons dans une maison qui a été dynamitée en 2001 par des nationalistes serbes après sa reconstruction l’année précédente.
Le 11 juillet, nous arrivons à 11 heures au Mémorial de Potocari, où nous assistons à la cérémonie de commémoration du génocide de Srebrenica (débutée en l’an 2000) et à laquelle participe environ 30’000 personnes, avec des enterrements. Le chœur des femmes de Zenica avec l’émouvante chanson et musique « inferno ».
En 2005, plusieurs bus, avec des familles qui devaient enterrer leurs proches, ont été bloqués à Bratinac par la police de la RS, ce qui est tragique pour ces familles déjà éprouvées.
En avril 2006, le Maire de Srebrenica, Abdurahman Malkic et son adjoint Ramo Dautsbasic ont annoncé que la Marche pouvait partir de Nezuk, le déminage de l’ex-ligne de front étant terminé.
Les 700 marcheurs (inclus des femmes et jeunes) ont été chaleureusement accueillis à Nezuk, village en Fédération (sur l’ex-ligne de front) devenu le point de départ de la Marche pour la Paix.
Les soirées des camps ont été animées par des films, exposés et débats.
En 2007, 2000 participants, dont 25 marcheurs de notre groupe franco-suisse logeant chez les habitants.
Nous recevons tous une petite plaquette de participation. Le rôle de s vétérans reste important pour transmettre la mémoire des évènements de la région entre avril 1992 et juillet 1995.
En 2008, nous étions 2400 au départ et 3000 à l’arrivée, dont une trentaine dans notre groupe international. A la fin de la Marche, nous nous sommes réuni avec le Maire de Srebrenica et deux responsables de la Marche : Muhamed Durakovic et Muhizin Omerovic dit Djile) pour en faire le bilan. Nous avons demandé que des mesures soient prises pour éliminer les déchets.
La Ville de Genève a donné 5000 euros pour la Marche, ce qui a permis la reconstruction du pont en bois de Glodi et le lancement du site officiel de la Marche : www.marsmira.org.
Les habitants de Pobudje, avec Djile, ont réussit à faire goudronner 6 kilomètres de route de la vallée (dont une parte empruntée par la Marche), ce qui démontre leur capacité d’auto-organisation.
A la 5ème Marche pour la Paix en 2009, il y a 4625 marcheurs, dont 46 dans le groupe international, avec Rémy Pagani, Maire de Genève et quelques municipaux. A l’arrivée, il a pris la parole au Mémorial de Potocari.
Le 12 juillet, nous nous réunissons pour faire le bilan avec les organisateurs de la Marche.
En janvier 2009, nous avons créé l’Association « Solidarité Bosnie » et co-organisé en mars avec l’Association Mir Sada de Lyon un Colloque pour soutenir la société civile en Bosnie-Herzégovine et relancer un réseau solidaire en France (qui existe toujours sous le nom SIBH).
Lors de la 6ème Marche pour la Paix de 2010 :
La canicule était éprouvante pour les 5000 marcheurs (7000 à l’arrivée), dont une quarantaine dans le groupe international. Les équipes Croix-Rouge et médecins ont été très sollicités.
Les repas et boissons sont servis pour la dernière fois, à cause du coût et du risque sanitaire.
La 7ème Marche pour la Paix en 2011, avec plus de 6000 marcheurs (30 dans notre groupe) a de nouveau souffert de la canicule. Mais le ravitaillement en eau est assuré.
Un éboulement de terrain sur Kamenica nous contraint à un détour de plus d’un kilomètre.
Une équipe d’Emmaus synergie Paris a entrepris avec des volontaires locaux l’aménagement de chemins et surtout l’élargissement du sentier du mont Udric, ce qui permet aux marcheurs plus rapides de pouvoir dépasser. Emmaus synergie a également confectionné et planté des panneaux signalant la soixantaine de Chambre d’hôtes au long de ce parcours.
La 8ème Marche pour la Paix en 2012 avec 5000 marcheurs, dont 24 de notre Groupe international. A l’arrivée au Mémorial de Potocari des centaines de marcheurs participent au transport de centaines de cercueils de victimes identifiées par ADN.
Après la Marche, nous avons inauguré le Chemin de Paix lors d’une rencontre à Nezuk.
Emmaus synergie a entrepris, avec des volontaires locaux, de baliser le Chemin.
A la 9ème Marche pour la Paix en 2013, 4500 marcheurs, dont 40 de notre Groupe international. Le président du Comité de la Marche est notre ami Muhizin Omerovic (dit Djile) qui a participé aux premières marches en Suisse. Il a reçu chez lui le Haut-Représentant, Valentin Inzko, qui a participé à la dernière étape jusqu’à Potocari. Mais celui-ci a refusé ensuite de soutenir les survivants en RS.
En 2014n, 10ème Marche pour la Paix avec 3500 marcheurs, dont 40 de notre groupe qui inclus aussi les membres d’Emmaus Synergie (Paris) qui ont reconstruit, avec des volontaires locaux, le pont en bois de Glodi, emporté par une crue au mois de mai.
La propagande serbe dit que Naser Oric (ex-chef militaire de Srebrenica) a fait toute la Marche, alors qu’il n’a fait que quelques kilomètres pour rendre hommage au Commandant Golic, tombé là le 16 juillet 1995 dans l’ultime bataille qui a permis aux hommes en tête de la colonne d’arriver à Nezuk.
Le 12 juillet, notre réunion-bilan a lancé «Solidarité Internationale Bosnie Herzégovine » pour contribuer au développement culturel, social, économique de cette région, par le biais nt. du tourisme rural. Nous soutenons l’Ecole de Nova Kasaba, ouverte en février avec 137 élèves avec des enseignant-e-s de Sarajevo et le programme scolaire du Canton de Sarajevo, en rupture avec la RS.
En 2015, 11ème Marche pour la Paix avec 8’000 marcheurs, dont 80 dans notre groupe international. Enorme travail pour Esco, notre excellent partenaire local qui réserve les chambres, transporte nos bagages et nous sert aussi d’interprète.
La Cérémonie du 11 juillet a été marquée par la présence de quelques chefs d’Etat, dont le 1er Ministre serbe Vucic, qui a fuit sous les huées qui dénonçait sa complicité criminelle avec Milosevic.
De 2016 à 2019, il y avait entre 5000 et 6000 marcheurs. Moins durant la période covid et reprise depuis 2021, mais avec moins de participation dans notre groupe franco-suisse.
En 2018, la communauté Emmaus-France, avec Emmaus-Bosnie, a construit un sentier sur 7 km sur les indications des guides de la colonne des 14’000 hommes qui étaient partis de Srebrenica le 11 juillet 1995, avant l’arrivée des forces serbes, en direction de Nezuk à 80 km, ce qui était leur première étape, et pour nous à la 3ème étape, difficile (dans le sens du retour).
-
Risque de sécession de la Republika Srpska :
Cette sécession de la Republika Srpska (qui occupe le 49% de la Bosnie-Herzégovine, dont toute la région de Srebrenica) que nous traversons avec la Marche. Les plus menacés sont les survivants du génocide, qui sont retournés sur leurs terres depuis l’an 2000, y ont reconstruit leurs maisons et relancé leurs cultures. Ils nous accueillent chaleureusement tout au long des 80 km du Chemin de Paix. Le danger a été pour l’instant écarté du fait que Poutine a choisi de s’attaquer en priorité à l’Ukraine. Mais avec la montée de l’extrême-droite islamophobe en Europe et USA le danger reste entier et il y a donc peu de temps pour promouvoir le vivre ensemble et écarté le risque de sécession et de relance de la guerre. La participation de citoyens et citoyennes de toute l’Europe est donc nécessaire !
Il y a des améliorations dans l’organisation de la Marche, mais le problème des déchets n’est pas résolu du fait de l’arrêt des travaux de construction d’une déchetterie dans la région.
-
Une proposition fédéraliste pour la Bosnie-Herzégovine :
En 1847, une sécession de cantons catholiques a provoqué la guerre du Sonderbund, rapidement stoppée par une armée commandée par le Général Dufour de Genève. La Constitution fédéraliste de 1848 a réussi à réunifier tous les Suisses en respectant toutes les minorités sur une base citoyenne. Ce modèle pourrait inspirer une alternative aux Accords de Dayton qui ont imposé une Présidence à trois membres qui représentent leur ethnie et non pas l’intérêt général du pays. Une Présidence à 7 membres, comme dans la République de Bosnie-Herzégovine et en Suisse permettrait de représenter les régions par tournus.
-
Le « Chemin de Paix » ouvert entre avril et octobre :
Solidarité Bosnie » a édité un « Guide du Chemin de Paix » avec plusieurs textes explicatifs, afin de pouvoir trouver des associations de marcheurs de Suisse ou de France. Mais il y a encore trop de peur, de préjugés et de manque de solidarité. Il y a pourtant d’excellents partenaires sur place et plus d’une quarantaine de Chambres d’hôtes et un parcours au 2/3 ombragé avec des étapes qui peuvent être organisées en fonction de la capacité des marcheurs. Solidarité Bosnie organise des marches en petits groupes avec des étapes de moins de 15 km en mai et septembre.
Jusqu’à présent, seule l’Association Compostelle-Cordoue est venue avec 23 marcheurs en mai 2015.
-
Projet d’une prolongation jusqu’à Dubrovnik :
Le Chemin de Paix, reconnu en GR, pourrait être prolongé jusqu’à Dubrovnik, en passant le long de la Drina, reliant ainsi les diverses communautés, Bosniaques, Serbes et Croate, au travers de beaux paysages qui restent parmi les plus préservés en Europe.
N’hésitez pas de prendre contact avec nous !
Ivar Petterson, président de l’Association Solidarité Bosnie
Solidarité Bosnie c/o Maison des associations.1205 Genève www.solidarite-bosnie.ch (voir le Blog)
info@solidarite-bosnie.ch Tél. 0041/22/321 63 14 (matin).
Solidarité Internationale Bosnie Herzégovine (SIBH) sibh-fr@gmail.com.