Dossier Commémoration du Génocide de Srebrenica
4.08. 2025
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Agression et nettoyage ethnique mené par les forces nationalistes serbes (1992-1995) :
Sous égide européenne, l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine a été votée le 1er mars 1992 à une large majorité. Mais les nationalistes serbes qui ont proclamé illégalement, le 9 janvier 1992, leur « République serbe » sur une partie du territoire de la Bosnie-Herzégovine, ont boycotté le vote.
Suite à la reconnaissance de l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie en 1991, l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine a été reconnue au niveau international, à l’exception de pays pro-serbes comme la Russie.
Mais le 6 avril 1992, la Serbie de Milosevic a déclenché son offensive militaire, occupant en quelques jours le 2/3 du pays, assiégeant plusieurs villes, dont la capitale, Sarajevo, durant plus de 3 ans.
La République de Bosnie-Herzégovine n’avait pas encore d’armée pour défendre son territoire et sa population et a été soumise par les grandes puissances à un embargo (illégal) sur les armes, décrété à l’ONU ; ceci en imposant aux médias le mensonge d’une « guerre civile interethnique » alors que les préparatifs de guerre de Milosevic étaient bien connus des services secrets. En 1991, l’Armée dite « yougoslave » a confisqué en Bosnie-Herzégovine les armes de la Défense territoriale et a ensuite transmis l’armement retiré de Croatie aux forces de la « République serbe ».
Les grandes puissances occidentales ne souhaitaient pas l’émergence en Europe d’un Etat à dominante musulmane et ont donc laissé faire les opérations de « nettoyage ethnique » menées par les forces serbes, torturant et massacrant les hommes, violant les femmes, pillant et détruisant les maisons et les mosquées.
La République de Bosnie-Herzégovine a porté plainte auprès de la Cour Internationale de Justice (CIJ) en juin 1993 contre la Serbie pour « agression et génocide » ; mais cette plainte, constamment repoussée, n’a été jugée qu’en février 2007 en se contentant de blâmer la Serbie pour « n’avoir pas empêché le génocide de Srebrenica ». Pour se blanchir de cette injustice flagrante, la CIJ a reconnu le génocide de Srebrenica, ceci après le TPIY.
Plus de 100’000 morts ont été recensés entre 1992 et 1995, essentiellement des civils Bosniaques musulmans, des
centaines de milliers de blessés, dont une partie ont obtenu des soins par l’aide internationale. Et plus de 2 millions de réfugiés et déplacés internes. Les régions les plus touchées sont celles de l’est et de celle de Prijedor/Kozarac.
Avant la création de l’Armée de Bosnie-Herzégovine fin mai 1992, ce sont des habitants qui ont pris l’initiative de résister avec leurs fusils de chasse. Dans le nord-est de la Bosnie-Herzégovine, il faut citer :
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les villages de Cerska, Konjevic Polje et vallée de Pobudje. Après une année de résistance, cette population avec des milliers de réfugiés, s’est en mars 1993 réfugiée à Srebrenica.
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Srebrenica a été occupée en avril 1992 par les forces serbes et libérée en mai 1992. En mars 1993, le Général Morillon n’a pu ressortir de Srebrenica qu’en promettant une protection de l’ONU, instaurée en avril sous forme de « zones de sécurité » avec installation de 400 Casques bleus Canadiens puis Hollandais. Mais les bombardements serbes se sont poursuivis, avec quasi tous les jours des morts et des blessés.
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A 35 km de Srebrenica, la petite ville de montagne de Zepa a été déclarée « zone de sécurité » en avril 1993.
Les grandes puissances occidentales n’ont pas voulu respecter le droit à l’auto-défense de la République de Bosnie-Herzégovine et ont calmé l’opinion publique de nos pays par l’octroi d’aide humanitaire (pillée au 2/3 par les forces serbes et croates). La population de nos pays n’étant pas solidaire des Bosniaques musulmans et ne s’est mobilisée qu’à l’annonce, le 13 juillet 1995, qu’un grand massacre aurait eu lieu à Srebrenica (auquel nous avions tous cru).
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Le génocide de Srebrenica, juillet 1995 :
En mai 1995 (selon un rapport américain déclassifié et révélé par Florence Hartmann) les dirigeants des USA, Grande-Bretagne et France ont décidé en secret d’abandonner la défense des « zones de sécurité » de Srebrenica et de Zepa afin de pouvoir conclure un accord de paix avec Milosevic, donnant toute cette région, largement peuplée de Bosniaques avant 1992, à la « République serbe ». En sacrifiant Srebrenica (un grand massacre était prévu) leur but était de créer un choc dans l’opinion publique afin de rompre avec la politique qui ne reconnaissait ni agresseur, ni agressés, ceci pour permettre à l’OTAN de faire lever le siège de Sarajevo et d’entamer des négociations de paix.
Contrairement à ce que les médias ont annoncé le 13 juillet 1995, il n’y a pas eu de massacre commis à Srebrenica le 11 juillet 1995, car toute la population a quitté la ville avant l’arrivée des forces serbes :
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Les femmes, enfants et seniors sont descendus à la base des Casques bleus de Potocari (à 5 km de Srebrenica) accompagnés de 2000 hommes, qui le 12 juillet ont été capturés par les forces serbes et tous torturés et exécutés dans la municipalité voisine de Bratunac.
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14’000 hommes sont montés de Srebrenica au village de Sunsjari pour partir en une longue colonne de nuit en direction de Nezuk à 80 km au nord, à travers un territoire occupé par les forces serbes.
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Le 12 juillet, 4000 hommes (dont la moitié était dotés d’armes légères) sont partis en avant pour ouvrir une brèche dans le dispositif des forces serbes, permettant ainsi aux 10’000 hommes à l’arrière de passer.
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Mais les 10’000 civils qui sont restés derrière pour se reposer après le difficile passage de nuit (hors de tout sentier pour éviter les forces serbes en franchissant l’ex-« zone de sécurité »), ont été attaqués par une unité serbe et ont ensuite été bombardés par l’artillerie serbe. Il y a eu des milliers de morts et de blessés. Beaucoup de blessés n’ont pas pu être secourus et soignés, ce qui est une grande cause de traumatisme pour leurs proches survivants. Ce massacre n’a pourtant pas été reconnu comme génocide par le TPIY.
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Ce 12 juillet, les forces serbes ont utilisé des obus contenant du gaz hallucinogène BZ, ce qui a contribué à la panique et à la dispersion de ces 10’000 civils. Des milliers de ces hommes se sont rendus aux forces serbes, croyant être épargnés. D’autres ont été capturés. Tous ont été exécutés dans plusieurs lieux d’exécution en masse dans les municipalités de Bratunac et de Zvornik, et reconnus par le TPIY comme étant la majorité des 8372 victimes du « génocide de Srebrenica », au côté des 2000 hommes capturés le 12 juillet à la base des Casques bleus de Potocari et exécutés à Bratunac.
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Le s 4000 hommes partis en avant le 12 juillet n’ont pas été attaqués par les forces serbes et sont arrivés sur le mont Udric. Ils n’ont alors pas eu la capacité de revenir en arrière pour secourir les 10’000 civils victimes des bombardements et ont alors, le 16 juillet, affronté 3 lignes serbes pour atteindre le village de Nezuk. (tenu par l’Armée de la République de Bosnie-Herzégovine). Ils ont perdu 300 hommes dans cette bataille, dont le commandant Golic un des survivants du village de Glogova (qui a subi un massacre en mai 1992).
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Sur les 10’000 civils à l’arrière, seuls 2000 ont réussi, en petits groupes, à passer les lignes serbes au cours des semaines et mois suivants (comme notre ami Djile). Mais combien de ces groupes ont été anéantis ?
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Les 12 et 13 juillet, les femmes, enfants et seniors ont été extradés de la base de Potocari par les forces serbes avec des bus et des camions vers la ligne de front de Kladanj, passée à pied. Mais 250 femmes environ ont été enlevées, violées et exécutées. Des adolescents, enfants et bébés ont aussi été égorgés.
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Les victimes des exécutions de masse ont été enfouies dans des charniers, nt. dans la vallée de Kamenica. Ensuite jetés dans des charniers secondaires et tertiaires, ce qui nécessite un travail d’identification par ADN avec une aide internationale qui se poursuit car il y a encore plus d’un millier de disparus.
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Que cache la version fallacieuse d’un massacre le 11 juillet 1995 en ville de Srebrenica ?
Les 8372 hommes et adolescents victimes du « génocide de Srebrenica » n’ont donc pas été exécutés en ville de Srebrenica, comme le répète sans aucune preuve, la grande majorité des politiciens et des médias. Pourquoi cacher l’histoire de la colonne des 14’000 hommes partis de Srebrenica le 11 juillet 1995 avant l’arrivée des forces serbes, et partis en direction de Nezuk à 80 Km ? Y a-t-il un fait gênant pour les USA ? En effet, le gaz hallucinogène BZ, inventé aux USA et fabriqué notamment en Serbie, a favorisé la capture et ensuite l’exécution de milliers de civils de la colonne les 12 et 13 juillet. « Human Rights Watch » n’a pas trouvé de déclaration des USA dénonçant cette utilisation, ce qui est resté un sujet tabou.
Sur les 14’000 hommes au départ, il y a moins de 5600 rescapés, dont ceux arrivés à Nezuk le 16 juillet 1995, après une ultime bataille pour franchir les lignes serbes. D’autre part environ 2000 hommes sont arrivés des semaines ou mois plus tard, traqués comme des animaux. Beaucoup restent traumatisés et ne sont pas encore exprimés. Par contre, les veuves de Srebrenica sont actives et organisent chaque 13 juillet une tournée en bus pour déposer des gerbes de fleurs sur les différents lieux d’exécution, en hommage à leurs proches, disparus.
L’Association des survivants de Srebrenica e existé en Suisse-romande entre 2000 et 2010
4. La situation en Bosnie-Herzégovine depuis 1996 :
Les Accords de Dayton (décembre 1995) ont mis fin à la guerre et maintenu les frontières de la Bosnie-Herzégovine avec un gouvernement central, tout en divisant le pays en deux Entités ethniques :
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la Fédération de Bosnie-Herzégovine (51% du territoire) avec une majorité de Bosniaques et une minorité de Bosniens catholiques (qui ont un passeport croate), répartis en 10 cantons.
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la République serbe ou Republika Srpska continue d’occuper le 49% du territoire avec une majorité de Bosniens orthodoxes. La RS continue de régner sur des régions qui étaient en majorité Bosniaque avant 1992, conquises par le génocide, comme la région de Srebrenica et celle de Prijedor/Kozarac.
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Le District de Bcko (au nord au bord de la Sava) dépendant de l’Etat central et géré par les 3 communautés.
Une importante aide internationale a permis la reconstruction des infrastructures et des principaux bâtiments détruits, ainsi que le déminage (pas terminé). Mais les problèmes de fond subsistent du fait de pressions politiques.
Ainsi, la Cour Internationale de Justice(CIJ) a rejeté la plainte de la République de Bosnie-Herzégovine, déposée en mars 1993 par le Juriste Francis Boyle, contre la Serbie de Milosevic pour « agression et génocide ». Sous pression des USA, Royaume-Uni et France, le procès a été report jusqu’en février 2007, où la CIJ s’est contentée de blâmer la Serbie « pour n’avoir pas empêché le génocide de Srebrenica », alors qu’il y a des preuves évidentes d’agression et de génocide (« nettoyage ethnique »). Les grandes puissances veulent maintenir le mythe de « guerre civile interethnique » pour cacher leur complicité avec l’agresseur et leur rejet des Conventions internationales de l’ONU.
Cette non-condamnation de la Serbie et de la République serbe de BH, a permis aux nationalistes serbes de poursuivre leur plan de sécession et de regroupement de tous les Serbes sous l’égide de Belgrade, bloquant le développement de la Bosnie-Herzégovine, avec une société basée sur la citoyenneté et le « vivre ensemble ».
La propagande nationaliste serbe a endoctriné la population et surtout les jeunes dans les écoles, en proclamant que « c’est le peuple serbe qui est victime ». Dans l’enseignement scolaire, il n’y a rien sur l’histoire multiculturelle et millénaire de la Bosnie-Herzégovine, pays présenté comme invention de Dayton. Il n’a que l’histoire de la Serbie.
Les dirigeants nationalistes serbes comptent sur l’appui de Poutine et de la montée de l’extrême-droite islamophobe européenne et américaine pour lancer leur sécession, en faisant passer de lois séparatistes au Parlement de la République serbe de BH. Mais la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine a fait pression pour annuler ces lois. Et beaucoup de citoyens Bosno-serbes n’ont pas voulu d’une nouvelle guerre, quasi certaine en cas de sécession.
Décision historique dans l’Entité Republika Srpska (RS) :
Le 19 octobre 2025, le Parlement de la RS a décidé à sa majorité d’annuler les lois et règlements sécessionnistes, jugés contraires aux Accords de Dayton. Et Milorad Dodik a été remplacé à la Présidence de la RS par une juriste, Ana Trisic Babic. Une élection aura lieu le 23 novembre. Les USA s’attribuent ce succès.
Les dirigeants serbes veulent maintenant obtenir des profits par l’octroi de concessions pour l’exploitation de mines de lithium en Serbie et en RS. Le président serbe Vucic a ainsi placé un de ses cousins à la Mairie de Srebrenica, où un filon de lithium a été découvert. L’UE est ainsi en affaire avec Vucic, en vue de l’ouverture de mines de lithium.
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La Marche internationale pour la Paix, du 8 au 10 juillet, de Nezuk à Potocari :
La première Marche a été organisée en 1996 entre Emmen et Berne avec des survivants du génocide. Et de 2000 à 2004, j’ai organisé 5 Marches en 3 jours d’Yverdon à Berne et de Croy à Genève, dans le cadre de l’Association des survivants de Srebrenica, qui m’a mandaté en octobre 2004 pour rencontrer les autorités de Srebrenica et ainsi transférer la Marche sur le trajet de la colonne des 14’000 hommes partis le 11 juillet 1995 de Srebrenica en direction de Nezuk. Je leur ai conseillé d’organiser la Marche symboliquement dans le sens du retour, ce qui se fait depuis 2005. La Marche se termine ainsi par la Cérémonie du 11 juillet au Mémorial de Potocari, en présence de dizaines de milliers de personnes entourant les familles de victimes du génocide, et de médias du monde entier.
Nous marchons du 8 au 10 juillet, en trois jours sur 80 km, au plus près du trajet de la colonne des 14’000 hommes. Il y a entre 4000 à 8000 marcheurs de tout âge, de Bosnie-Herzégovine et de la diaspora et des groupes de divers pays, dont notre groupe SIBH, présent depuis juillet 2005, au côté de 400 survivants. En 2025, pour les 30 ans du génocide, il y avait 8000 marcheurs, dont 43 dans notre groupe SIBH (Solidarité Internationale Bosnie Herzégovine) de Belgique, France, Italie et Suisse.
La Marche internationale pour la Paix a plusieurs dimensions :
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Travail de Mémoire avec les témoignages des survivants qui peuvent nous expliquer sur le terrain les circonstances du génocide, commis essentiellement contre les 14’000 hommes de la colonne. Pour contrer le négationnisme, il faut se baser sur les faits réels et non pas sur le mythe d’un massacre commis à Srebrenica.
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Solidarité avec les survivants du génocide, qui revivent depuis l’an 2000 sur leurs terres avec leurs familles, reconstruisant leurs maisons, relançant la culture de leurs champs et résistant pacifiquement à l’occupation de leur région par l’Entité « République serbe » (co-responsable avec la Serbie de Milosevic, du génocide de Srebrenica).
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Valorisation du « vivre ensemble » dans la tradition multiculturelle de la Bosnie-Herzégovine. Des associations serbes, comme les « Femmes en noir » participent aussi à cette lutte.
Les habitants et quelques ONG organisent tout au long du parcours des points de ravitaillement en boissons et vivres. L’ambiance est chaleureuse. La majorité des marcheurs dorment sous tente, civils et militaires.
Notre groupe SIBH (initialement franco-suisse) loge chez les habitants survivants. Leurs chambres d’hôte ont été équipées par des communautés Emmaus-France au long de ce trajet, reconnu comme GR, et qui peut donc recevoir des groupes de marcheurs entre avril et octobre. Mais très peu d’associations de randonneurs sont venues sur ce trajet en grande partie boisé. Notre association Solidarité Bosnie organise donc des marches en étapes courtes pour les seniors, en mai et septembre, suivies de la découverte de Sarajevo et de l’Herzégovine en étant logés à Mostar.
En 2018, Emmaus (France et Bosnie) ont créé un sentier de 7 km. sur les traces de la colonne des 14’000 hommes qui ont passé par cette forêt pentue dans la nuit du 11 au 12 juillet (selon les indications de leurs guides) afin d’éviter les soldats serbes et les mines. Cela reste un passage difficile, même aidés depuis 2019 par les alpinistes de Sarajevo. En juillet dernier, un des survivants du génocide est décédé d’une crise cardiaque dans la dernière montée.
6. Témoignage de Muhizin Omerovic (Djile) sur sa survie en juillet 1995 :
« Je suis parti de Srebrenica le 11 juillet au soir avec 14 000 hommes et quelques femmes. Mais en marchant en file indienne pour éviter les mines, on a perdu beaucoup de temps. Les premiers sont partis de Sunsjari à minuit et les derniers à midi. Nous avons cru par erreur qu’on allait être attaqués en tête de colonne et pas à l’arrière. 4000 hommes (dont 2000 armés) sont partis en tête pour éviter les embuscades et se battre.
Les Serbes ont vite compris que 14 000 personnes s’étaient enfuies de Srebrenica. On a entendu ça sur une petite radio portée par un de mes compagnons. Les forces serbes nous ont donc pris pour cible après que les 4000 hommes en tête de la colonne, sont partis en avant. Une unité des forces serbes a surpris les hommes en repos dans une forêt dans les hauts de Pobudje. En moins de 10 minutes, ils ont tués pas moins de 1000 personnes. Ce fut tout de suite la panique avec des gens qui courraient dans tous les sens.

Dans un deuxième temps, l’artillerie serbe a bombardé la zone ; certains obus contenant du gaz hallucinogène BZ produit (avec effet LSD). Assez vite, j’ai senti une odeur particulière et ressenti une grande soif. Un copain m’a dit que j’étais devenu comme fou. Je lui ai dit de me prendre de l’eau et il m’a dit que je l’ai forcé à boire aussi. Je suis resté aveugle pendant plusieurs heures. Je n’ai récupéré la vue qu’au bout de trois jours.
Plus tard, j’ai vu qu’il y avait 700 personnes environ sur une colline. M’étant dirigé vers eux, j’ai compris qu’on était cerné par les Serbes, qui ont lancé des appels au mégaphone pour nous convaincre de nous rendre, en nous disant que l’on serait traité comme des prisonniers de guerre. Je ne les ai pas crus. Il y avait autour de moi des hommes qui étaient devenus fous et qui étaient prêts à se rendre pour que leur calvaire s’arrête.
Pour ma part, j’avais repris conscience et je savais qu’il ne fallait pas que je me rende. J’ai reconnu un de mes voisins avec d’autres. Je voulais passer à travers les lignes serbes et deux voisins et mon vieux professeur de philosophie, sont venus avec moi. On a rampé à travers les lignes serbes, tout doucement. Un homme nous a dit qu’il était impossible de passer tellement il y avait de Serbes, mais nous avons décidé de passer par la forêt. Mais dans un virage du chemin, mon vieux professeur se jeta en contrebas dans un ruisseau et je l’ai vu s’enfuir. Quand je me suis retourné, j’ai vu cinq Tchetniks qui m’ont tiré dessus. Je me suis échappé en me cachant dans les fougères.
Plutôt que de me poursuivre, ils ont lancé une grenade. J’ai alors attendu qu’ils descendent, et je suis reparti en montant. Plus haut, j’ai aperçu un groupe de dix soldats, dont l’un portait un uniforme bosniaque. J’ai alors demandé : Est-ce que vous êtes Bosniaques ? Ils ont répondu Oui. On s’est donc retrouvé à une douzaine d’hommes, avec la consigne que si l’un d’entre nous était blessé, on le tuerait pour ne pas qu’il tombe entre les mains des Tchetniks, du fait qu’on ne pouvait pas le porter.
Plus loin on a vu un enfant de 13 ans avec un fusil suivi de deux grands gaillards sans armes. Je leur ai demandé pourquoi c’était l’enfant qui tenait l’arme. Ils m’ont répondu que c’était le fusil que son frère a utilisé contre les Tchetniks jusqu’au moment où il n’avait plus de balle et s’est tué avec une grenade devant lui. Il est resté traumatisé par cet événement, et ne veut plus lâcher son fusil.
A 13 ans, il était déjà très courageux.
Bien que je sois resté 72 jours dans la forêt, je suis parti avec plein de livres pour avoir une petite fenêtre sur le monde. Un jour à Kravica, j’ai écris : « Ne brûlez pas les livres ». Mais un soldat bosniaque saoul a brûlé la bibliothèque. Je n’ai pu sauver qu’une machine à écrire et deux livres.
En mars 1993, avant notre fuite vers Srebrenica, durant plusieurs jours, des centaines d’obus ont détruit les maisons de notre vallée de Pobudje.
Un obus a tué mon père. C’est moi qui lui ai fermé les yeux et l’ai enterré pendant la nuit. J’ai été très fort : je n’ai pas pleuré, j’avais 19 ans. C’était le 12 mars 1993 et mon frère a été blessé.
Ma mère a été très courageuse. Je les ai retrouvés cinq jours après à Srebrenica, où mon frère a été hospitalisé. Sa première question a été : « Est-ce que tu as brûlé la maison ? ». Je lui ai dit Non.
Plus tard, j’ai eu des problèmes psychologiques : pendant six mois, je rêvais que les Tchetniks allaient déterrer mon père. Et dans ce rêve, mon père me demandait : « Pourquoi m’as-tu enterré ici, les Serbes m’ont déterré et m’ont découpé en petits morceaux ? ». C’est pourquoi un jour, je suis revenu de Srebrenica à travers les champs minés pour voir si mon père était toujours enterré au même endroit. Depuis le jour où je m’en suis assuré, mes problèmes psychologiques ont disparu, et je n’ai plus jamais fait ces cauchemars.
En revenant de Pobudje, des soldats hollandais ont confisqué le fusil de mon oncle. Le 10 juillet 1995, j’ai demandé à M. Karemens, commandant en chef du Dutchbat, de me rendre mon fusil. Il m’a répondu qu’il ne pouvait pas le rendre sans l’aval du commandant militaire de Srebrenica, Nase Oric, qui était alors à Tuzla. Les Hollandais n’ont pas voulu rendre aux Bosniaques les armes qu’ils avaient déposées en avril 1993, en pensant que l’ONU allait les protéger.
Après avoir passé le mont Udric et approché la ligne de front serbe vers Nezuk, j’ai constaté qu’il était impossible de passer par là vu le nombre important de forces serbes. Je suis donc revenu avec un petit groupe dans les hauteurs de Srebrenica, où l’on changeait de lieu tous les trois jours à cause de soldats serbes avec des chiens.
On trouvait un peu de ravitaillement dans des maisons abandonnées et même une carte de la région et une boussole, ce qui nous a permis en septembre de partir vers Kladanj. Après moults péripéties et frôlé la mort à plusieurs reprises, traqués comme des bêtes, nous arrivons enfin à franchir la ligne de front serbe le 11 septembre 1995, deux mois après la chute de Srebrenica et à retrouver nos familles vers Tuzla.
Après avoir été réfugié dans le Canton de Vaud, Muhizin Omerovic (Djile) est retourné en septembre 2005 avec sa femme et deux enfants pour reconstruire la maison familiale dans la vallée de Pobudje et relancer ses cultures. Il travaille depuis 2006 à la Mairie de Srebrenica et a été durant une dizaine d’années le principal organisateur de la Marche internationale pour la Paix.
Son témoignage est paru dans des médias en Bosnie, en France et en Suisse. Mais il manque de témoignages de survivants traduits en français et d’un film sur l’histoire de la colonne des 14’000 hommes et donc du génocide.
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Comment commémorer le génocide de Srebrenica voté à l’ONU en mai 2024 ?
Avec la diaspora bosniaque, nous souhaitons donc contribuer à la réalisation d’évènements, en plus du Rassemblement organisé à Genève fin juin ou le 11 juillet sur la Place des Nations et vers la pierre Kamen Spavac, érigée en mémoire du génocide.
Nous proposons donc d’ouvrir des réflexions avec des élèves, collégiens et étudiants, menées avec des survivants du génocide, sur ce qui s’est passé en Bosnie-Herzégovine et dans la région de Srebrenica entre 1992 et 1995. Ceci pour aborder la question de la prévention des crimes de guerre et génocides, toujours en cours à Gaza et dans le monde, malgré les Conventions de Genève et la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide, adopté par l’ONU le 9 décembre 1948.
Il est important que les jeunes développent un esprit critique. Très souvent il y a des visions différentes sur les mêmes évènements. Ainsi, quasi tous les politiciens et les médias situent (sans aucune preuve à l’appui) le génocide en ville de Srebrenica le 11 juillet 1995, alors que toute la population a quitté la ville ce jour-là, comme on peut le voir dans le film présenté au Mémorial de Potocari.
Outre les documents cités dans ce Dossier, nous pouvons vous transmettre les indications de divers documents peu connus, mais important à connaître.
8. Le fédéralisme suisse peut-il inspirer une alternative aux Accords de Dayton ?
Ces Accords, décembre 1995, ont permis de stopper la guerre, mais ils ont institutionnalisé les clivages ethniques qui bloquent la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine sur une base citoyenne et fédéraliste.
Le fédéralisme suisse est très différent du fédéralisme vertical imposé dans les pays ex-communistes. Il a permis de mettre fin aux divisions qui ont mené à la guerre civile du Sonderbund de 1847. La Constitution de 1848 a été basée, de bas en haut, sur la citoyenneté, les communes, les cantons et le niveau fédéral avec le Conseil national et le Conseil des Etats, qui nomment le Conseil fédéral (exécutif) de 7 membres. Cette Constitution promeut le respect de toutes les cultures et religions du pays dans le cadre d’institutions démocratiques qui comprennent aussi le droit d’initiatives et de Référendums des citoyen-ne-s.
Dans la République de Bosnie-Herzégovine il y avait aussi 7 membres à la Présidence et non 3 comme depuis Dayton. La nomination de 7 membres permettrait de représenter les différentes régions du pays et non les ethnies, ce qui valoriserait le « vivre ensemble » dans l’intérêt commun et résoudrait ainsi les divisions.
En Europe aussi, l’enjeu est de contrer les replis identitaires exploités par l’extrême-droite. Celle-ci soutient la sécession des nationalistes serbes (et croates) en Bosnie, qui risque de provoquer une nouvelle guerre dans ce pays qui a été durant des siècles un modèle de société multiculturelle avec les rois du Moyen-âge et depuis 1500 sous l’Empire Ottoman qui a aussi respecté les différentes cultures et religions, accueillant à Sarajevo la communauté juive chassée d’Andalousie, qui a largement contribué à son essor culturel et artisanal.
9. Notre association Solidarité Bosnie / SIBH est à votre disposition :
Nous nous basons sur une large expérience depuis la guerre de 1992-1995 avec notre groupe et publication Mirna Bosna, membre du mvt. français « Citoyens-citoyennes pour la Bosnie ». En 1996, association pour créer des petites entreprises en Bosnie. De 2000 à 2008, Permanence Srebrenica dans le cadre de l’Association des survivants du génocide de Srebrenica avec organisation des Marches en Suisse et leur transfert dans la région de Srebrenica. En 2009, création de Solidarité Bosnie, coordination du groupe SIBH à la Marche pour la paix.
Nous disposons d’une large documentation et de 200 livres en prêt. Nous cherchons un/e responsable pour gérer notre site et blog avec mise en valeur de nos textes et photos.
Ivar Petterson
Solidarité Bosnie c/o Maison internationale des associations. Rue des Savoises 15. 1205 Genève. Email info@solidarite-bosnie.ch. www.solidarite-bosnie.ch +41 (0)22 321 63 14 ou (0)79 871 84 74.
IBAN CH09 0900 0000 1071 1427 1 (tout don ou cotisation bienvenu !).
Solidarité Internationale Bosnie-Herzégovine (SIBH-France) sibh.fr@gmail.com +33 06 04 67 08 04
SIBH-France participe activement à la Marche internationale pour la Paix et a érigé en juillet 2025 au Père Lachaise un monument en mémoire des victimes du génocide de Srebrenica, avec la Ville de Paris.